Leurs difficultés , d' abord aux alentours du 6e degré , ont atteint ensuite le 7e , et finalement le 8e degré . Parmi les plus remarquées de ces voies , signalons Le Toit , Quo Vadis , Via del Ladro , Corda et Kolibri , toutes ouvertes depuis le bas . Mais lorsqu' on s' est mis à équiper des itinéraires ( généralement courts ) au moyen de rappels , le silence est soudain retombé sur le site . Certains s' irritaient de cette nouvelle pratique , d' autres pensaient simplement que les possibilités du secteur étaient pour l' essentiel épuisées . Ainsi l' intérêt s' est déplacé vers des régions moins explorées . Ce n' est qu' en 1988 que l' ouverture de nouvelles voies a ramené l' attention sur les rochers d' Üschenen et le magnifique paysage environnant . On avait également appris dans l' intervalle à considérer les deux « idéologies » avec plus d' objecti et de tolérance . Les différences entre voies ouvertes depuis le bas et celles qu' on ouvre depuis le haut , leurs avantages et inconvénients respectifs , tout cela est désormais clair pour tout le monde . Les deux méthodes sont concevables et peuvent se justifier . Certains itinéraires , la voie Kumulus par exemple , ouverte depuis le bas par Martin Stettler et nécessitant une parfaite santé morale et une grande habileté , constituent des expériences uniques . Cela vaut également pour Bschütti-grt/rt/(1O ) et Fusion ( 10 — ) , voies extrêmes par leurs difficultés techniques , et objectifs de rêve pour de forts grimpeurs . Ces dernières posent toutefois des exigences d' un autre ordre , non seulement au grimpeur de tête , qui doit affronter le parcours avec détermination et la plus grande concentration , mais aussi au compagnon qui l' assure , dont le rôle peut être important dans la réussite rapide d' une entreprise de ce niveau . Ces deux voies ont été gravies en libre pour la première fois en 1988 : Fusion par Jürg von Känel , en octobre , et Bschüttigütti par l' auteur de ces lignes , lors d' une journée d' été froide et brumeuse . Cette dernière réalisation a exigé de rééquiper la voie et préciser la ligne de la partie supérieure . L' escalade de tels itinéraires , en particulier si , comme dans ce cas . elle est réussie sans longue préparation et dès la première tentative , procure des sensations très intenses , qui font date dans la vie d' un grimpeur . Il est impossible de fixer à l' avance le moment où toutes les conditions d' un succès rapide dans une voie du 10e degré sont réunies . J' en suis du moins incapable , même après une longue et intensive préparation . Peut-être ne peut-on s' élever à la hauteur d' un défi de ce genre qu' à la faveur d' une situation particulière , qui libère de toute obligation de réussir , dénoue les blocages et donne aux enchaînements de mouvements la fluidité nécessaire . Les conditions météo jouent parfois également un rôle important , permettant ou au contraire interdisant à la force du grimpeur de s' exercer pleinement . Rien ne m' irrite plus , dans une voie difficile , par température un peu trop élevée , que le sentiment désagréable de glisser imperceptiblement mais irrémédiablement de chaque prise ! Mon attention se porte alors involontairement sur ce problème , et j' en oublie l' escalade . Il peut aussi arriver qu' un environnement où « le prestige est en jeu » ( présence de certaines personnes par exemple ) , agisse de manière si motivante sur le grimpeur qu' il devient subitement capable d' évoluer avec une sûreté apparemment totale . Les occasions où l' on se sent à la hauteur des exigences , même si le but est placé très haut , en deviennent d' autant plus précieuses et intenses . Ainsi donc , situation personnelle , « atmosphère » , conditions du jour , personnalité du compagnon qui assure : c' est la conjonction idéale de tous ces éléments ( et peut-être d' autres encore ) qui finit par créer des circonstances entièrement favorables . Dans le grand toit de la voie « Fusion » ( 10 — ) Objectifs La voie Fusion combine une voie existante du 9e degré et une traversée qui s' en détache pour surmonter un toit proéminent . Le point où la « fusion » est censée se produire est en même temps le passage clé de l' ascension . A un endroit raide et muni de petites prises acérées , puis un toit impressionnant , succède le passage décisif . Ce qui le précède , comme ce qui le suit , est relativement facile à maîtriser . Par contre , quitter la ligne primitive qui continuerait tout droit pose problème . Par un splendide après-midi de novembre , je suis allé avec Heinz Gut examiner une première fois la voie . Après avoir brièvement « apprivoisé » la ligne un peu bizarre et les mouvements originaux avant et après le passage-clé , c' est tout juste si nous avons encore le temps de faire chacun une tentative . Mais à l' endroit crucial , nous sommes déjà complètement vi dés , et nous ne nous risquons plus à décoller de la ligne droite . Au retour , c' est pleins de respect que nous commentons la dernière création de Jürg von Känel . Une semaine plus tard , la période de beau temps touche à sa fin ; et avec elle , le rêve de Fusion s' envole pour l' année . Heinz séjourne dans le Midi de la France , où il a des objectifs qui lui semblent plus accessibles . Et Gabriele veut aller en Italie . Elle déteste le brouillard , et craint en cette saison de ne faire que grelotter sur les rochers des Préalpes . Aujourd' hui comme autrefois , on grimpe à deux , ce qui signifie que les objectifs et manières de voir de chaque partenaire doivent être ramenés à un dénominateur commun satisfaisant . C' est pourquoi je trouve parfois difficile d' avouer , à mon compagnon comme à moi-même , où sont mes intérêts et , le cas échéant , de les lui imposer . En cas d' échec , je crains de l' avoir sollicité à mauvais escient. Mais d' autre part , il vaudrait mieux que de tels scrupules ne nous empêchent pas de croire que c' est de grand cœur que le partenaire nous offre son soutien , lorsqu' il sent que le bon moment est là et qu' il peut nous aider à atteindre notre but . L' air est frais , mais un bon soleil invite à s' étendre au pied des rochers . La neige descend déjà très bas sur les montagnes et , à l' exception d' un grimpeur solitaire occupé à l' équipement d' une nouvelle voie , nous sommes seuls . Cette première tentative ne se déroule pas mal du tout , mais au mousque-tonnage de la sangle bleue en place , je manque de stabilité et par conséquent dépense beaucoup de force . De plus , ma main est passée sous la corde . La libérer pour le difficile mouvement suivant me prend trop de temps . Un deuxième assaut suit peu après , avant que la sensation de l' enchaînement correct des mouvements n' ait disparu . Gabriele m' a rendu le calme et le courage nécessaires à la délicate manœuvre de mousquetonnage . Ses indications me sont d' un grand secours en ce moment , et cela va tout de suite nettement mieux . Il ne me manque que quelques millimètres pour atteindre la prise . Pause . Nous nous promenons un peu dans les environs et examinons la nouvelle petite école d' escalade . Et aussi Bschüttigütti . Cette ligne à travers la dalle verticale , avec ses minuscules entailles , ne cesse de me fasciner . Je me sens bien . Equilibré et calme . Peut-être parce qu' en ce moment , au milieu de ce paysage magnifique , il ne me manque rien . Une fois de plus , j' ai de la peine à sentir et contrôler exactement le mouvement à l' instant crucial . Je prends encore trop d' élan , ce qui est absurde sur des prises aussi minimes . Mais je suis à peine conscient de cette petite erreur . Je sens seulement que quelque chose ne joue pas encore tout à fait . Gabriele m' accorde encore une chance , la dernière . Au moment de m' élancer , je me demande une seconde si elle s' impatiente , ou si elle cache d' autres arrière-pensées . Je suis sûr qu' elle me laisserait essayer encore une fois , mais je sais bien que la concentration et les forces me feraient défaut , que la peau de mon doigt ne résisterait pas , et que tous les palabres autour d' une cinquième tentative ne m' empêcheraient pas d' échouer . Le toit n' est guère l' endroit propice à de telles réflexions ; les grands mouvements réclament toute mon attention . Puis le croisé sur la prise minuscule , la pression nécessaire sur les pieds , la prise intermédiaire et - avec un peu de chance je saisis la rainure du bout des doigts . Une brève correction de ma position , et je l' ai bien en main . Le franchissement du toit a commencé ; je dois rester concentré pour le réussir . Mousquetonnage du dernier piton et une traction résolue sur la prise de sortie . Les derniers rayons du soleil , et l' assurage amical d' Ernst Müller , qui se promène tout seul par ici , nous permettent même de répéter l' escalade , d' en prendre quelques photos et de savourer encore un peu ce beau moment . C' est de très bonne humeur que nous remballons nos affaires et prenons congé de cet endroit unique . Le soleil a disparu derrière le Lohner . La température baisse rapidement , mais le mouvement de la descente ne tarde pas à nous réchauffer . jëte nord du Selbsanft Albert Schmidt , Engi ( GL ) Mes camarades Johann Stoffel , Harry Zweifel et moi-même , nous avons réservé pour cette escalade le weekend des 28-29 septembre 1985 . Harry surtout , qui a grandi au Tierfed , au pied de ces parois , se réjouit de grimper enfin sur la haute cime que son père a déjà foulée à l' époque des travaux du barrage . Vue depuis le Vorder Selbsanft ( ou Hauserhorn ) sur le Tödi mites a vécu durant de longues années . Abandonné par ses propriétaires , leur jardinet est maintenant envahi par les mauvaises herbes . Ce monde sauvage et menaçant nous impressionne profondément ; la description de Caspar Hauser citée plus haut cf. p.31 ) s' appliquerait bien à la vision que nous en avons depuis là . Parvenus à cet endroit , les promeneurs peu familiarisés avec la montagne risquent bien de ne pas oser faire un pas de plus ! Nous pénétrons dans un autre monde , bien loin de notre univers quotidien . Près d' une prise d' eau du barrage , dans la paroi à droite , nous prenons le « Birchengang » , une raide vire rocheuse qui s' élève jusqu' à l' épaule inférieure du versant nord . Très vite se creuse en dessous de nous un abîme vertigineux . Nous ne sommes pas encore encordés et chaque pas exige une grande concentration . A partir de cette épaule exposée , le « Birchli » , on monte tout droit à travers des vernes , puis on escalade un ressaut rocheux . Arrivés au deuxième épaulement , le Luegboden , nous rejoignons le versant Limmeren par des pierriers raides pour nous retrouver bientôt sur une vire herbeuse devant l' emplacement de bivouac , qui est plutôt un abri qu' une grotte et se compose de deux renfoncements au pied de la falaise verticale . Le bivouac Une lumière dorée s' attarde encore sur les sommets dominant le Muttsee . L' obscurité monte rapidement de la gorge du Limmerenbach . Nous cherchons le meilleur endroit pour dérouler nos matelas et nos sacs de couchage . Puis nous allumons les réchauds pour préparer le souper . Le repas est agrémenté de joyeux « propos de table » . Je raconte à mes camarades l' épisode de l' orage que j' ai vécu ici trois ans auparavant . Nous avions rempli nos gobelets en les tenant sous la pluie battante , car nous avions oublié de prendre de l' eau au ruisseau de Limmeren ! Une demi-heure après le crépuscule , une clarté commence à monter derrière les parois du Muttsee pour envahir bientôt tout le ciel bleu sombre , et à 20 h 30 la pleine lune se lève au-dessus du Kistenpass . Même si nous avons vécu d' autres nuits de pleine lune en montagne , nous res 42__________________________________________ sentons tout particulièrement ce soir , dans notre bivouac solitaire du Selbsanft , la magie et la beauté de cette atmosphère . Nous allu- il mons une bougie qui projette sa lumière || chaude sur le plafond rocheux au-dessus de nos têtes , puis je me glisse en rampant dans la fente la plus étroite , au fond de la grotte , pour photographier de là ce décor exceptionnel . Peut-être bien que nous reviendrons ici , mais il ne nous sera certainement pas donnée de revivre une telle nuit . Peu à peu , la lune approche du Selbsanft , puis disparaît derrière lui . Notre grotte s' obs complètement , et nous nous glissons dans les sacs de couchage . Le silence de la nuit , souligné par le murmure de l' eau du lac de Limmeren , nous berce et nous endort . Nous nous sentons en sécurité dans le creux de cette montagne gigantesque . A 5 heures , le bip-bip d' une montre nous tire impitoyablement de notre sommeil . En vieux habitués des bivouacs , nous nous débrouillons pour chauffer de l' eau et déguster notre petit déjeuner ( un bol de birchermüesli et du café ) sans sortir de nos sacs de couchage . Dans le petit espace de ciel que nous apercevons entre le plafond de la caverne et l' horizon du Muttsee , les étoiles pâlissent rapidement . A 6 heures , aux premières lueurs de l' aube , nous quittons notre logis romantique . Sur l' arête nord Nous gagnons le Luegboden puis remontons le premier ressaut en direction de l' arête nord , une raide pente d' herbe et d' éboulis . Sur les vires du versant Sandalp , nous découvrons quelques chamois en train de brouter . Sur ces hauteurs ils n' ont rien à craindre , même à la saison de la chasse . Nous remontons un couloir en escalier par une varappe facile et atteignons une étroite brèche dans l' arête nord , où les premiers rayons du soleil nous accueillent . Nous nous encordons et escaladons l' arête sur son fil . Sur les vires , on rencontre beaucoup de caillasse , mais les ressauts plus raides sont en bon calcaire jurassique ( malm ) . Plus loin , un passage de rocher brun très délité requiert une grande prudence . Nous gagnons rapidement de la hauteur et nous arrivons au pied du gendarme jaune-brun caractéristique auquel les alpinistes ont donné le nom de « corne d' or » . Les névés du groupe des Clariden et les glaciers du Tödi scintillent au soleil , tandis que dans la vallée , déjà bien lointaine , les ombres s' attardent encore . Seul le léger grondement du Sandbach monte jusqu' ici en cette heure matinale . Derrière la « corne d' or » nous trouvons une large vire d' éboulis , puis un banc de rocher surplombant qui fait tout le tour de la montagne . La voie la plus logique mène à un angle d' où on traverse horizontalement sous de puissants surplombs pour gagner une pente de rochers délités . Nous suivons ce cheminement pour atteindre à nouveau l' arête au pied d' un ressaut très redressé . Ce bastion vertical est interrompu sur son flanc est par un dièdre-cheminée . En rusés goupils que nous sommes , nous savons comment attaquer un tel passage : Bientôt c' est à notre tour de nous battre avec ce passage vicieux . Nous remontons ensuite un terrain délité jusqu' au dernier gendarme , le plus sombre , formé de grès nummulitique . Tout joyeux , nous parcourons la dernière demi-longueur sur l' arête et atteignons la cime du Hauserhorn . Au sommet II n' est que dix heures , la journée est magnifique , nous pouvons donc nous accorder une longue pause au sommet . A côté de la masse du Mittler Selbsanft , le Tödi trône au sud dans toute sa puissance , au-dessus des prairies et des rochers de la Bifertenalpli et de la Röti . A l' est du massif du Selbsanft , on voit tout en bas le lac de Limmeren , gris-vert clair , bordé par les bancs de rochers crevassés et les gradins étages du Kistenpass . En face , dans la cuvette d' éboulis grise entre Nüschenstock et Ruchi , on aperçoit l' œil bleu du Muttsee , et à sa droite la cabane du même nom . Si nous nous tournons vers la vallée , c' est la vue vertigineuse sur le Tierfed , près de 2000 m plus bas , sur les abîmes de la Sandalp , des gorges du Limmerenbach et de la Linth . Mais notre regard se tourne maintenant vers ce qui est tout près de nous , le petit livre de sommet , que nous sortons de sa boîte abîmée par la foudre . Nous le feuilletons un instant avant de nous y inscrire , reconnaissants de pouvoir allonger la liste des alpinistes qui y ont écrit leur nom depuis 1863 . Ce moment de pause passe trop vite , déjà un coup d' œil à la montre nous indique qu' il est temps de nous remettre en route . Sur les hauteurs du massif Nous dévarappons le gendarme sommital et poursuivons l' ascension de l' arête en direction du Mittler Selbsanft , que nous escaladons par un couloir neigeux , après avoir traversé une pente d' éboulis . Sur le plateau sommital s' ouvre alors un vaste horizon , sous un ciel immense . S' être élevé d' un repli caché dans les soubassements de la montagne , avoir grimpé 1700 m , s' être dépensé durant des heures dans un terrain difficile , pour déboucher ensuite ici , à près de 3000 mètres sur cette haute montagne éblouissante , inondée de soleil : Par les crêtes arrondies de Plattas Alvas , nous nous dirigeons vers le sud , vers l' éclat des glaciers . Toutes les Alpes grisonnes se déploient à l' est et au sud , masquées seulement , au-dessus du Limmerenfirn , par les longs bombements glacés du Bifertenstock . Sur ces hauteurs , sur le dos voûté de la puissante montagne , nous éprouvons presque physiquement la solitude et la sauvagerie de cette région . Les débris rocheux et les pierres plates de cette arête sommitale libre de neige crissent doucement sous nos semelles . Parfois ils forment pour l' œil des motifs étranges , dont la structure d' ensemble ne se révélerait que depuis un poste d' observation plus élevé . La distance qui nous reste exigera donc encore un effort de deux heures . Nous devrons d' abord descendre au bout du lac par un passage exposé protégé par des câbles , avant de suivre le sentier qui longe la rive abrupte du lac en d' incessantes montées et descentes , tout cela dans la chaleur de l' après . Enfin , à l' Och , ce sera le tunnel humide et froid de la route du barrage , puis le téléphérique . Espérons que nous attraperons la dernière benne , à 4 heures et demie ! Les sacs bourrés étaient lourds ( corde , piolet , équipement de montagne et de bivouac ) , et c' est en sueur et assoiffés , genoux sifflants et pieds en compote , que nous sommes arrivés dans la vallée . ( Vivent les amis de la montagne !) ( Traduction d' Annelise Rigo ) ' ouvenirs du Piz Buin et du Piz Platta Les courses à ski organisées par la section Bernina du CAS au Piz Buin et au Piz Platta , dans les Alpes rhétiques , appartiennent à un passé déjà ancien . Je me souviens que j' avais alors promis aux participants de mettre par écrit mes impressions de l' une de ces courses , et je me souviens aussi pourquoi je n' ai pas tenu ma promesse : repris par les soucis quotidiens , j' avais été accaparé par d' autres priorités , et c' est ainsi que bien des travaux d' une urgence apparemment secondaire ont été reportés à plus tard . Mais partie remise n' est pas perdue , car cette promesse continuait à se rappeler à moi comme un léger reproche . Je viens de pique-niquer au pied de la Crasta Mora , sur une pente exposée au sud . Au fond de la vallée , là où une couche de neige mince mais dure s' est maintenue , un fondeur glisse , montant et descendant légèrement , en évitant les rives libres de neige de l' ancien lit du ruisseau de Beverin . Mes yeux le suivent jusqu' à ce qu' il disparaisse au loin , puis mes pensées s' envolent vers les courses de la section Bernina au Piz Buin et au Piz Platta . Lorsque j' essaie de me souvenir de ce qui s' est passé alors , je dois reconnaître que bien des anecdotes et des petits faits amusants survenus dans notre groupe ne me sont plus entièrement présents à l' esprit . Les contours de certains événements se sont effacés ou restent flous , bien qu' ils reprennent vie quand je suis en présence des participants à ces courses ; je peux alors retrouver les impressions d' autrefois . Quand une partie de mon passé qui n' est pas encore entièrement « digérée » se met à se dérouler , n' importe quand , n' importe où , comme un film accéléré , je parviens souvent à Double page suivante : En montant au Piz Buin Grond par l' arête est , depuis la Fuorcla Buin une autre compréhension des choses . Chaque course de montagne se compose de nombreux détails séparés , qui ne transmettent une impression globale que par leurs relations réciproques . Rien d' extraordinaire à cela , d' ail ; c' est quelque chose qui se produit souvent dans la vie quotidienne . Le souvenir d' une course peut se composer d' impressions grandioses , mais il arrive aussi que certains détails prennent une importance telle qu' ils Des chamois : par exemple , la souffrance provoquée par une ampoule au pied , ou un pas de danse en gros souliers dans la petite salle boisée d' un mayen perdu dans la nature , ou bien les nuages qui naissent dans un tourbillon au pied du Piz Platta , ou encore les appels des perdrix des neiges qu' on entendait à l' aube en quittant la Buinhütte . Cela n' aurait guère de sens pour moi de relater par écrit toute la course , et il serait peut-être aussi trop difficile de rassembler des bribes de souvenirs . Je ne cesse de me demander , et je pense qu' il en va de même pour chacun , ce qui nous pousse à nous lever avant le jour , à claquer des dents sur le parking de la poste à St. Moritz-Bad en attendant les camarades , puis à entamer une montée longue et pénible , pour enfin affronter des passages difficiles à la descente . La distance que je prends m' offre la possibilité d' aborder mes préoccupations sous un autre angle et de chercher de nouvelles solutions . Il m' est arrivé plusieurs fois de devoir me faire violence pour participer à une course de section , tant j' étais enfermé dans un isolement farouche . Mais je rentrais chaque fois heureux et réconforté intérieurement . Souvent m' envahissaient des sentiments de joie et de plénitude que je ne connaissais guère dans les temps difficiles que je vivais . Toutefois , la montagne ne saurait à elle seule guérir tous les maux ni servir de compensation à une existence insatisfaisante . Chacun d' entre nous dispose d' un territoire qui lui est plus ou moins familier . C' est là son lieu quotidien , celui où il doit s' affirmer . Et l' on dit aussi que l' homme est pétri d' habitudes . Pourtant le « nouveau monde » , la « terra incognita » , exercera toujours sa fascination sur lui . Car pour que cette vie reste digne d' être vécue et conserve une certaine tension , pour Ambiance matinale au fond du Val Tuoi que le goût du risque ne se perde pas , chacun a besoin de rechercher et de vivre des expériences lointaines , nouvelles . Quand je parcours la montagne seul , les sens en éveil , je sens quelquefois passer un courant subtil entre la nature et moi . Une course devient une expérience authentique et profonde quand la nature extérieure est en harmonie avec ma nature intérieure , quand elles sont reliées l' une à l' autre . Si l' on en prend le temps , il peut même arriver qu' on découvre alors non seulement le chemin de secrets extérieurs , mais celui de son propre être intérieur . Wv ss Wändli , chemin des souvenirs Willy Auf der Maur , Seewen ( sz ) L' harmonie est l' alpha et l' oméga de tout l' alpinisme ! Lorsqu' elle n' est pas au rendezvous , les visages se figent , les conversations deviennent bavardage , les cordes se coincent dans les branches ( car l' un passe à gauche du pin et l' autre à droite ) . L' harmonie n' a pas besoin de beaucoup de mots , elle est discrète , silencieuse ... aussi silencieuse que nos pas aimeraient l' être aujourd' hui dans cette forêt de montagne et dans les premiers gradins rocheux au-dessus des arbres . Mais voici que des branches craquent , des graviers roulent , des pierres tombent , révélant notre approche à des chamois qui broutent dans la fraîcheur du matin . La première dalle Le silence pourrait aussi être une sorte d' égoïsme , et comme je ne veux pas donner à mes deux compagnons - qui n' ont pas l' habi de partir en course avec des alpinistes plus expérimentés - l' impression de me mettre en avant , ni passer pour un original , je me sens obligé de briser le silence de mort qui règne ici , à l' attaque de la Wyss Wändli , la plus facile des voies ouest du Grand Mythen . « Regardez bien » , fais-je avec un grand geste , « nous sommes devant le passage le plus difficile de l' escalade , la première dalle , qui a déjà effrayé plus d' un grimpeur des Mythen » . Des images surgissent devant mes yeux : celles de visages crispés , de silhouettes qui progressent à genoux sur la surface claire et polie de la dalle , les deux grands gaillards suspendus à ma corde comme les grains d' un chapelet après que l' un ait glissé et entraîné l' autre dans sa chute . « Mais je vais vous dire comment la franchir sans problème » , ajouté-je avec un sourire compatissant . Les traits de Susi et de Ruedi se détendent . Vite , Ruedi passe le mousqueton à vis dans la sangle du piton de relais , tandis que son épouse y introduit la corde . « Alors , attention » , dis-je encore , « il faut absolument coincer la chaussure droite , je répète , la chaussure droite , dans cette fissure , mettre la gauche en adhérence sur la dalle , décoller le derrière le plus loin possible et monter : un jeu d' enfant ! A l' arrière , les Alpes uranaises . ( Photo aérienne ) Et je me lance tout de suite dans la démonstration , en ce jour de brouillard , comme je l' ai vu faire il y a bien des années . « C' est vraiment une joie que d' être à tu et à toi avec tel passage , telle montagne » , pensé-je en grimpant . Dix mètres plus haut , je m' installe dans une niche pour assurer mes camarades de cordée et je cherche du regard un trou rond au bord du bouclier de dalles là-bas , dont je sais qu' il abrite un lis orangé ; mais celui-ci n' est pas encore en fleur . Si la rose d' or , comme nous appelons cette fleur chez nous , avait balancé sa merveilleuse corolle dans le vent , j' aurais crié de joie , comme tout à l' heure durant notre montée vers le Mythen , lorsque nous avons passé à côté d' un bloc de rocher gris-vert aussi haut que deux hommes . C' était la « pierre de l' autel » , un bloc qui présente au promeneur son côté surplombant , mais qui est facile à escalader par l' autre côté . Mon cher ami Franz y avait quelquefois célébré un office divin quand il était gosse . Cette vision était trop belle pour que je ne la partage pas avec mes camarades de cordée d' aujourd . J' ai donc essayé de faire surgir devant eux l' image du gamin blond , si sérieux , qui dépassait juste de la tête et de la poitrine le bord de l' autel , entouré d' un parterre de feuilles argentées qui semblaient regarder vers lui , chantant son « Gloria in excelsis Deo » les bras écartés , accompagné par le clair pépiement des oiseaux et le murmure grave des sapins barbus . Au pied de la « pierre de l' autel » , je leur ai encore décrit la croix : le timon dressé du petit char à échelle , peut-être déjà chargé de bois mort , peut-être encore vide . Car à cette époque c' était pendant la guerre - mon ami m' affir qu' il était difficile de trouver du bois mort dans la forêt , si bien qu' il devait se hisser en prenant des risques jusqu' aux pins tombés et aux petits sapins agrippés à des rochers , dressant plaintivement leurs bras morts . Sur la rampe Entre-temps , mes compagnons sont bien arrivés jusqu' à moi et je peux attaquer la deuxième longueur . C' est une rampe raide , plutôt pauvre en prises . Dans n' importe quel livre de montagne , les héros franchiraient ce passage , d' une si faible difficulté , avec une aisance divine . Quant à moi , je dois avouer pour ma honte que j' ai souvent ressenti une légère inquiétude le long de ces cinq ou six mètres . Notre salut se trouve plus loin , derrière une côte abrupte pleine d' herbe , dans un système de petits couloirs et de vires . La vire Genecand Ne demandez pas autour de vous où elle peut bien se trouver . En effet , baptiser des endroits à l' insu de tous est ma passion secrète . J' ai nommé cette vire ainsi parce que c' est ici que nous changions de chaussures durant mes années d' apprentissage alpin . Nous fourrions dans le sac les espadrilles aux semelles de chanvre et nous en sortions les chaussures de montagne à tricounis . Les clous tricounis , rangés en zigzag sur le pourtour des semelles , ont à l' époque complètement bouleversé la vie des montagnards . Pas un paysan de montagne , pas un garde-forestier , un bûcheron ou un chasseur qui n' en ait équipé ses chaussures . C' était un vrai plaisir de marcher dans la rue le dimanche matin , d' un pas ferme , chaussé des lourds souliers à tricounis . Le cliquetis des clous sur le pavé poli était pour nous la plus belle des musiques , même si quelque passant se rendant à la messe se retournait , si les chats disparaissaient vite au coin des maisons et si des rideaux bougeaient aux fenêtres ( qui sait de quel tissu les rêves des jeunes filles ou de leurs mères étaient faits en ce temps-là !) . On se sentait fort comme un ours dans de telles chaussures . Et avec raison , car les clous tricounis étaient comme de petits animaux griffus : dans la neige duré , dans les éboulis , dans le granite rugueux ... partout ils mordaient joyeusement . Mais leur appétit se révélait encore plus vorace dans les pentes de terre glissante et d' herbe . Là , ils s' en donnaient vraiment à cœur joie , et c' est pourquoi l' époque des tricounis a aussi été celle des grandes voies herbeuses . « Pourquoi j' ai l' air si gai ? » Susi et Ruedi attendent mes explications . « Parce que je suis remonté un peu dans le temps , et j' ai revu sur la voie 13 du Geissstock notre inoubliable exchampion Karl . Il se trouvait sous un petit ressaut , les jambes bien plantées en terre , la tête à l' abri d' une touffe d' herbe . Savez-vous pourquoi ? Parce qu' en s' enfuyant , des chamois envoyaient sur son vieux feutre une grêle de mottes de terre humide . Mais ceci se passait en un temps que vous n' avez pas connu , à l' époque héroïque des tricounis ! » . Sous le charme du Wyss Wändli Nous continuons à grimper en nous élevant en diagonale le long de la paroi . Des herbes nous caressent la figure , tandis que les fleurs , le rocher et la terre répandent leur parfum discret . de jolies réglettes aux bords francs , des poignées , d' étroites fentes horizontales , des bourrelets saillants ... toutes offrent aux doigts un appui sûr et agréable . « Salut , mon vieux ! » dis-je au petit érable qui pousse dans la fissure caractéristique de la partie médiane de la voie . « Tu as bien maigri , ton tronc aux taches claires est tout grêlé maintenant , tes racines fixées dans les fissures de la paroi sont sèches et rabougries , ta couronne de feuilles bien clairsemée . Mais aujourd' hui ? Je t' aime autant que jadis , pourtant je passe ma corde dans le piton à expansion juste à côté de toi , celui-là même que je maudissais il y a quelques années , parce qu' il prétendait te remplacer . » Du haut d' un relais , dans une niche agréable en pleine paroi , notre regard embrasse le paysage à nos pieds , d' abord une mer de sapins aux cimes pointues , puis des pâturages verts et une partie de la vallée de Schwyz , d' où des bruits familiers montent jusque vers nous . Tout à coup j' aperçois des hommes qui arrivent au pied de notre paroi . Wisel est sûrement parmi eux . Et cela me rappelle à nouveau Félix Genecand , à qui je veux rendre hommage non seulement comme alpiniste , mais aussi comme homme ( et pourquoi Genecand le Romand n' aurait pas son monument en Suisse centrale , puisqu' il y a bien à Genève une « rue Guillaume-Tell » ?) . Dans le numéro spécial des ALPES publié lors du 100e anniversaire du CAS ( 2/1963 ) , on peut lire que Genecand a gravi plus de vingt fois le Grépon - la pierre de touche des grimpeurs d' élite à l' épo - et qu' il a ainsi fait découvrir les peines et les joies de la varappe à d' innombrables débutants . Ceci lui avait valu le surnom de « concierge du Grépon » . Il est bien sympathique , ce Genecand , autant que Wisel , que je vois une fois de plus attacher un débutant à sa corde et qui mériterait , lui , d' être appelle le « concierge du Wyss Wändli » . Des concierges , il y en a d' ailleurs beaucoup dans les montagnes . Je connais ainsi un concierge du Salbit-sud , un du Chaiserstock , un du Lauchernstöckli , un du Wildspitz et je ne serais pas étonné d' apprendre que toute montagne suisse a son concierge ! « Vous voyez là-haut , à gauche de la gorge , les anneaux qui pendent dans la paroi ? C' est la traversée de la paroi sudouest , une voie que j' ai faite un jour avec Thedy . J' ai été saisi d' une trouille affreuse à ce passage exposé . Sans se laisser impressionner par mes lamentations , Thedy rigolait du haut du relais . Il avait confiance en moi , plus que moi-même , et il m' a crié quelques encouragements : « Tu n' as qu' à ... » Oui , oui , tu n' as qu' à ! L' obstacle était purement psychologique chez moi , et c' est pourquoi je ne referai plus jamais cette voie . Ça fait du bien de rire ! Susi rit , Ruedi et moi aussi , tout notre petit monde rit à l' unisson : les fourmis qui se hâtent sur la paroi , un magnifique tychodrome échelette en train de faire sa promenade verticale , les chocards entraînés dans les courants ascendants . En effet , l'«Association des amis des Mythen » , fondée en 1863 , fête son 125eme anniversaire . Peut-être qu' on débouche déjà les bouteilles , il s' agit de se dépêcher ! La traversée Nous sommes arrivés à la vire qui nous permettra , à son extrémité sud , de rejoindre la Mythenmatt . Une traversée superbe nous attend . La main gauche s' agrippe au bord de blocs bien solides , tandis que les pieds suivent une corniche large comme quatre chaussures . Comme j' aimerais que mes compagnons puissent admirer la vue qui s' ouvre vers le bas ! Mais le brouillard se met justement à monter de l' abîme . Seffi l' obs , qui avait voulu faire cette voie parce qu' il avait entendu dire que des représentantes du beau sexe avaient déjà escaladé le Wyss Wändli ! « Ce que des femmes peuvent faire , je le ferai aussi ! » avait-il annoncé à la ronde , et il s' était inscrit sur la liste d' attente auprès de moi pour la course convoitée . Jamais ! Un vieux garde-chasse du Muotatal m' a dit qu' on n' avait qu' à ne pas regarder en bas , et alors il ne pouvait rien nous arriver ! On commence à distinguer clairement le système de couloirs herbeux et de vires que suit la voie « Wyss Wändli » au Gr . Mythen cette belle journée d' automne à l' air transparent . Et c' est vrai qu' il ne lui est rien arrivé ce jour-là , à Seffi ! La facette de sortie Brouillard ou pas , nous ne nous laisserons pas gâter le plaisir d' escalader la dernière petite paroi , celle de la sortie . Cette longueur est un régal tant pour le sens de l' équilibre que pour le besoin de mouvement et le sens du toucher ! C' est ici et maintenant , près de ce pin couché sous lequel je me suis glissé , au milieu de cette paroi avec ses petites listes horizontales bien propres , qu' on devrait me demander pourquoi je grimpe . « Parce que j' aime notre mère la terre , parce que je veux la caresser et l' embrasser ... mais que je n' aime pas ramper ! C' est avec lui que j' avais transporté des kilos de matériel dans les montagnes . Au bord du lac du Wägital , deux gardiens de la loi crurent voir en nous , d' après l' état pitoyable de nos mains , des voleurs de plantes protégées , car ils nous donnèrent l' ordre d' ouvrir nos sacs . Mais après avoir bien fouillé , ils avaient échangé un regard sous la visière de leur képi , avant d' an , visiblement déçus : « Ils n' ont que de la ferraille là-dedans ! Personne , même pas nos maîtres en alpinisme , n' aurait pu nous enseigner à l' époque l' escalade technique . C' est ainsi que nous dépendions uniquement de cette brochure venue de la métropole , dont le titre était à peu près celui-ci : La technique de la varappe artificielle . Il aurait tout aussi bien pu s' intituler La technique du hissage des sacs de farine , car cette méthode condamnait le premier de cordée à une attitude qui ressemblait beaucoup , justement , à celle d' un sac de farine . Elle l' engageait à passer alternativement un brin de la corde puis l' autre dans la série de pitons , et comme on ne voyait sur les dessins assez sommaires ni sangle pour mettre le pied , ni échelle , le devoir du second devait être apparemment de hisser son camarade et de maintenir la corde tendue jusqu' à ce que le prochain piton soit planté . Indépendamment des autres inconvénients , cette « technique » me dota rapidement d' ex biceps , tandis que Franz , qui était encordé à la taille , se plaignait de plus en plus de maux de ventre . La Mythenmatt « II doit y avoir de la menthe par ici » dit Susi en traversant les lappiaz au bord de la Mythenmatt . Je sais où trouver du bois-gentil odorant , dans les coins secs et protégés , partout dans les pentes des Mythen orientées au sud , là où le soleil tape dès le mois d' avril , lorsque l' alpiniste doit encore sauter d' une île rocheuse à l' autre pour éviter la neige fondante . Avec le bois-gentil , j' ai une relation presque mystique , mais avec la menthe , non ! Du reste , je trouve étonnant que cela sente la menthe ici , loin de tout salon de thé ! Tout aussi étonnant d' ailleurs , le fait que des moutons , il y a quelques décennies , aient eu l' oc de humer le parfum de cette plante . Quoi qu' il en soit , le moutonnier Kälin et ses prédécesseurs éventuels devaient avoir de bonnes chaussures , probablement des chaussures à tricounis . Vous allez glisser dans le vide , vite fait bien fait ! » L' homme qui nous prédisait ces malheurs avait de petits yeux malicieux plissés par le sourire alors que sa tête se prolongeait en haut par un chapeau pointu et en bas par une barbiche . C' était Köbel , un sculpteur et conteur plein d' imagination . Et il n' était pas le seul à être si sceptique . Köbel a vu plus tard qu' il s' était trompé , mais autant que je sache , il est malgré tout resté fidèle aux tricounis toute sa vie . N' est pas une bonne raison d' honorer sa mémoire encore davantage ? Chacun porte en soi une galerie de peinture dont il peut choisir les tableaux à sa guise . Les alpinistes y mettent naturellement des peintures de montagne , et comme l' entrée à ce musée n' est liée à aucune formalité , ils peuvent contempler ces tableaux exaltants chaque fois qu' ils en ont l' envie . Un lieu particulièrement propice à l' élaboration de tels tableaux , c' est le Rot Grätli , au sommet du Grand Mythen . Les images ont ici trois dimensions , s' élèvent dans un ciel où flotte le drapeau suisse , s' étendent au loin jusqu' au bassin du lac de Zurich , à l' Alpstein , aux Alpes d' Uri et d' Unterwald , plongent jusqu' aux fo rets sombres et aux prairies fleuries de l' Alptal et à la vallée de Schwyz , avec ses taches de couleur et ses lacs . Tout en haut , le cercle se referme En suivant le Rot Grätli , où alternent des bancs d' ardoises et des tertres gazonnés , nous arrivons rapidement au sommet , un petit plateau rocheux . Pas une minute trop tôt , ni trop tard , car la bouteille de blanc commence juste à circuler devant le décor formé par le refuge des Mythen . A nous aussi , comme il fallait s' y attendre , on nous tend un verre étin-celant . Ce sont tous les concierges auxquels j' ai repensé au cours de l' escalade . Mais il y a là aussi un groupe de messieurs moustachus et très dignes , bien alignés pour la photo , en chapeau , col fermé , gilet , chaîne de montre . Ils lèvent leur verre tous ensemble , me font un clin d' œil et me sourient amicalement . Je l' ai toujours dit : l' harmonie est l' alpha et l' oméga de tout l' alpinisme ! ( Traduction d' Annelise Rigo ) Pourquoi faudrait-il toujours un ciel bleu de calendrier?Départ du collet d' attaque de la voie « Wyss Wändli » , au Gr . Mythen