face nordest directe Michel Piola , Vernier La face nordest de la Kingspitz , haute d' environ 600 m ( Engelhörner , ob ) Dring ... Dring ... Alors qu' à la maison , lorsque autour de vous la ville entière dort encore , alanguie par le travail de la journée ... ou la fièvre du samedi soir , cette émulation fait totalement défaut . Dring ... Dring ! Cette fois il va falloir y aller ; hop debout ! Ne connaissant pas encore ce massif des Alpes bernoises , j' en suis réduit à imaginer ce que peut représenter cette face calcaire haute de près de 600 mètres , dans une région qui ne compte finalement que peu de parois de ce type accusant une telle ampleur ( hormis bien sûr la face nord de l' Eiger et ses 1650 mètres de haut ) . Et quelle sera la qualité du rocher ? La voie classique de la face nordest , tracée en 1938 par M. Lüthy , H. Haidegger et H. Steuri , jouit d' une réputation toute particulière . Le guide signale un rocher bon dans l' ensemble , mais précise qu' il s' agit d' une paroi de type dolomitique et que certaines précautions s' imposent par conséquent , surtout si d' autres cordées sont engagées dans le même itinéraire ... La course contre la montre est engagée ! Berne déjà . Pris dans ce flot entre une secrétaire fleurant le parfum bon marché et deux jeunes cadres très dynamiques ( trop ?) , je ne peux que précéder mon bagage à dos dans le sens voulu par la foule , en formulant l' espoir qu' un petit relâchement de la pression humaine me permettra de m' échap pour retrouver Daniel à ... mais au fait où donc ? c' est Daniel ! Nous sautons dans sa petite voiture pour gagner le point de départ de nos véritables efforts : le parc automobile au-dessus de Rosenlaui , peu après Meiringen . Il nous faut ensuite définir notre tactique d' équipement de la voie : Cette deuxième solution emporte notre adhésion , pour des raisons financières d' une part , mais aussi parce que nous pensons qu' il est important aujourd' hui d' en les grimpeurs à plus de responsabilité en montagne . Elle est en revanche peu usitée en paroi calcaire , car d' une part ce type de roche s' y prête moins bien , et d' autre part l' influence des écoles d' escalade , où tout l' équipement se trouve en place , s' y exerce de manière prépondérante . Certains s' étonneront peut-être de lire que , tenant pareil langage , nous allons néanmoins poser près de 58 gollots dans la voie . Une attention toute particulière doit à ce propos être portée au problème de la chute au sol et du possible rebond contre une particularité du terrain ( contre un pan de dièdre ou depuis un surplomb sur une dalle inclinée , par exemple ) . Fin du premier acte II y a en fait peu de choses à dire sur l' esca en elle-même , si ce n' est qu' en ce début d' après nous entamons la remontée du socle de la voie classique 1938 jusqu' au pied du premier ressaut raide , à environ 100 mètres du pied de la paroi . En effet , après deux longueurs et demie d' escalade sur cet étrange serpent de roc , nous pouvons nous échapper à droite pour gagner le début de la zone centrale de dalles grises , magnifique toboggan compact présageant une escalade difficile , soutenue et technique ! [.'Engelhornhütte possède encore ce charme un peu désuet , mais combien apprécié , d' un authentique refuge de montagne épargné par le gigantisme et le modernisme : le bâtiment est de dimensions modestes , les dortoirs s' enchevêtrent curieusement les uns dans les autres et la cuisine fait partie intégrante de la salle commune , ce qui confère au Neu une note de convivialité certaine . Samedi 10 septembre 1988 : Un dernier dièdre , un ultime bombement , et nous voilà à nouveau à proximité de l' itinéraire de la voie classique , à la fin des difficultés et peu en dessous du sommet , où nous avons la surprise ( réciproque ) de croiser notre ami Kaspar Ochsner , le grand spécialiste de la région ( Kaspar a ouvert de nombreuses et très belles voies juste en face , au Simelistock ) . ED inf . / 550 m / passages de 6b obligatoires / 6c en libre . Escalade très intéressante , particulièrement dans la zone médiane , proposant une certaine ampleur et une ambiance de grande face calcaire . Helvetiaplatz 4 , 3005 Berne , téléphone 031/43 36 11 , telefax 031/446063 . Etienne Gross , Thorackerstrasse 3 , 3074 Muri , téléphone 031/52 57 87 , telefax 031/521570 ( responsable de la partie en langue allemande ) . Daniel Santschi , Soleure 102 Michel Ziegenhagen Nadelhorn : une montagne à surprises 114 Michel Marthaler Les nappes penniques dans les Alpes valaisannes : quelques explications géologiques Prix Abonnement ( pour les non-membres ) : Reproduction : La rédaction accepte volontiers les articles de tous genres et le matériel photographique , mais décline toute responsabilité à leur sujet . L' acceptation ou le refus des articles ainsi que le moment et la forme de leur parution sont de la compétence de la rédaction . Tirage attesté : 71 176 exemplaires . une montagne à surprises Michel Ziegenhagen , Lausanne Première escarmouche Le Nadelhorn figurait dans la liste des sommets sur lesquels nous avions jeté notre dévolu , mon collègue et ami André Berney et moi-même , au chapitre des montagnes à gravir en saison de ski , car il nous semblait incongru d' escalader en été une sommité qui pouvait l' être au printemps . Notre expérience était mince , notre matériel rudimentaire , mais notre enthousiasme contagieux et notre détermination sans faille . Nous savions à peine qu' il existait un club alpin et nous n' imaginions pas à quoi cela pouvait bien servir . Tous deux s' en furent à la cabane Bordier . En descendant , les deux lascars devaient suivre leur trace au décimètre près , car André chuta dans le même trou et resta suspendu à ses skis coincés en travers de la faille ! En fait , il n' en fut plus du tout question entre nous deux . Sans doute , mais si je crois ce que Livanos en dit à propos du grand Riccardo Cassin , il ne suffit pas de l' attendre , encore faut-il la solliciter avec la vigueur nécessaire . L' im serait donc d' éviter la malchance ? Sauveteurs d' Air à l' efficacité parfaite , guides et alpinistes dont je ne sais même pas le nom ( exception faite d' Alain Junod et Denis Berger , de la section des Diablerets , qui donnèrent l' alarme a la cabane ) , car je n' ai pas pensé le leur demander dans la bousculade des événements . Un tour pendable Les Genevois ont des coutumes bien à eux , cela dit sans la moindre allusion au « witz » un peu éculé par lequel les Confédérés associent le débit verbal et le tempérament râleur des gens du bout du Léman aux dimensions de leurs organes vocaux . Entre autres particularités , ils fêtent le Jeûne dix jours avant les autres Suisses ( mais n' en respectent pas plus l' austérité pour cela ) , c' est un jeudi , ce qui leur donne l' occasion d' organiser à chaque début de septembre un pont de vacances de quatre jours et de relancer leurs activités de loisir . Le vendredi , huit des plus ingambes montèrent à la cabane des Mischabel' par un temps radieux , qui incita d' autres alpinistes et même quelques guides à faire de même . Quelle ne fut pas notre douleur de constater que le précieux liquide nous était refusé , alors qu' il coulait à flots sur les tables voisines , sans explication ni raison apparente ! La montée fut sans histoire , mais le sommet ne nous parut pas assez confortable et le lieu du pique-nique fut reporté au Windjoch , qui voulut bien se montrer accueillant en ne méritant pas son nom ce jour-là . A la montée , ces passages nous avaient paru banals , mais lorsqu' on se retrouve le nez dans le vide , les conséquences d' une chute se font soudain beaucoup plus évidentes . Inspirent-elles quelques réflexions à notre néophyte ? Celui-ci m' adresse une question à brûle-pourpoint : - Si je tombe , tu me retiens ? - Tu peux toujours essayer ! Sentant la traction de son brin , Paul ne perd pas de temps à se retourner et s' arc sur son piolet et ses crampons comme s' il voulait se jeter dans la pente opposée : Cinq réchauds à méta sont aussitôt mis en batterie sur une table afin de fondre de la neige . Irruption du gardien , furieux : - Vous savez , moi , je n' aime pas les Romands , mais seulement les Allemands et les Suisses allemands . Pas vrai ! On commençait tout juste à s' en douter . il y était question de traversées gigantesques des Mischabel , exécutées dans les vingt-quatre heures , il y a plus d' un demi-siècle déjà . Le projet intéressa Jean-Luc Amstutz : Il me tardait d' arriver . Il devait m' être donné de remonter bien plus loin le cours de l' histoire , car aux pages remplies dans les années trente figuraient les signatures de guides prestigieux , Josef Knubel et Franz Lochmatter . Il allait être rapidement édifié sur l' étendue de mes compétences , car une bonne couche de neige fraîche avait recouvert tout le versant , faisant disparaître la rimaye , complètement nivelée , sur des centaines de mètres , voire à perte de vue . j' ai le curieux sentiment d' assister à ma propre chute sans vraiment y participer , enregistrant au passage des impressions disparates et se succédant trop rapidement pour que je puisse les relier en un tout cohérent . Une sorte de dédoublement , une sensation insouciante de flotter dans l' air , aucun geste de défense . Fatalisme , le sort en est jeté , j' ai commis l' erreur , je dois payer ! Par la suite , me remémorant cette chute , il me viendra à l' esprit que l' idée de la séparation entre l' âme et le corps au moment de la mort pourrait bien être née en de pareils instants . Sans lui , tombant sur le dos , je ne me serais peut-être pas relevé . Accoudé sur la banquette , je dois extraire les lunettes de rechange de la poche du sac . Enfin j' y vois clair , mais l' environnement est sinistre : - Du mou ! me renverser la tête en bas , retenu par les bretelles du baudrier . Le yoga , d' accord , mais sur la moquette ! Sincèrement , j' aurais été désolé de perdre ce piolet , qui m' avait été confectionné sur mesure par Pierre Bovier , le dernier forgeron d' Evolène . Bien plus qu' un simple piolet , c' est une relique artisanale que j' ai sauvée ce jour-là . Avec un dernier coup de reins , c' est sorti ! - Ouais , et même un peu fort ! Mais m' en plaindre serait pure ingratitude car une demi-heure au plus s' est écoulée depuis ma chute . Repris par la course , comme si rien ne s' était passé , je me retourne pour chercher un meilleur passage lorsque je me sens tout à coup écrasé par une immense fatigue , avec l' impression d' avoir les membres en plomb . Jean-Luc , qui a déjà compris , reprend un peu de corde pour le retour . C' est ma foi vrai , et comme j' ai reçu un bon « coup de bambou » en plus , il me faut admettre , même à contrecœur , que l' affaire est classée pour aujourd' hui . Pourtant facile , le retour me paraîtra d' ailleurs par moments un peu pénible et , de toute évidence , je ne serais pas allé beaucoup plus loin . Mais je me suis parfois demandé ce qu' il aurait fait s' il avait eu à sa corde un client inerte ... A la cabane , le gardien ne manifesta aucune surprise en apprenant notre mésaventure , que nous n' étions d' ailleurs pas particulièrement fiers de raconter . Fou ou inconscient ? Cette démonstration de masse ne me semblait pas exagérée pour une revanche qui traînait depuis seize ans et le Nadelgrat dut mettre les pouces , nous réservant toutefois quelques facéties de son cru . Trois heures nous suffirent pour monter de SaasFee à la cabane où je n' avais pas remis les pieds depuis 1971 . jusqu' ici , je ne l' avais rencontré qu' aux Dolomites de Brenta , où la plus haute cabane ne dépasse guère 2500 mètres . Quant au gardien , il était bien le même qu' en 1971 , mais je ne le reconnus pas . Et maintenant , le Nadelgrat ! Deux longueurs de corde dans un pan de glace assez raide , la première en traversée horizontale pour contourner quelques rochers , nous ramènent sur la bonne route , au pied d' un petit gendarme rocheux amusant à traverser . Les crampons , qui avaient été remis au sac pour le fin sommet du Nadelhorn , y retournent pour un bon moment , le temps de suivre une jolie arête de bonne neige , de traverser le Stecknadelhorn tout rocheux et de remonter au Höhberghorn par une brève arête où la neige ramollie commence à glisser sur son substrat de glace . La montée au Diirrenhorn me semble un peu fastidieuse , effet de la fatigue sans doute , car je commence à traîner . il faut assurer une longueur en se faisant léger sur des feuillets délicatement soudés au rocher , chercher le bon rocher ( il y en a !) ils ne veulent pas remonter et ne peuvent plus regagner l' arête dont ils sont séparés par d' affreux couloirs déchiquetés . Aujourd' hui , les dieux sont avec nous : Il est question de rallier directement le val de Saint-Nicolas . Parmi les plus remarquées de ces voies , signalons Le Toit , Quo Vadis , Via del Ladro , Corda et Kolibri , toutes ouvertes depuis le bas . Mais lorsqu' on s' est mis à équiper des itinéraires ( généralement courts ) au moyen de rappels , le silence est soudain retombé sur le site . Ce n' est qu' en 1988 que l' ouverture de nouvelles voies a ramené l' attention sur les rochers d' Üschenen et le magnifique paysage environnant . Cela vaut également pour Bschütti-grt/rt/(1O ) et Fusion ( 10 — ) , voies extrêmes par leurs difficultés techniques , et objectifs de rêve pour de forts grimpeurs . Ces deux voies ont été gravies en libre pour la première fois en 1988 : Fusion par Jürg von Känel , en octobre , et Bschüttigütti par l' auteur de ces lignes , lors d' une journée d' été froide et brumeuse . L' escalade de tels itinéraires , en particulier si , comme dans ce cas . elle est réussie sans longue préparation et dès la première tentative , procure des sensations très intenses , qui font date dans la vie d' un grimpeur . Peut-être ne peut-on s' élever à la hauteur d' un défi de ce genre qu' à la faveur d' une situation particulière , qui libère de toute obligation de réussir , dénoue les blocages et donne aux enchaînements de mouvements la fluidité nécessaire . Les conditions météo jouent parfois également un rôle important , permettant ou au contraire interdisant à la force du grimpeur de s' exercer pleinement . Mon attention se porte alors involontairement sur ce problème , et j' en oublie l' escalade . Les occasions où l' on se sent à la hauteur des exigences , même si le but est placé très haut , en deviennent d' autant plus précieuses et intenses . Le point où la « fusion » est censée se produire est en même temps le passage clé de l' ascension . Par un splendide après-midi de novembre , je suis allé avec Heinz Gut examiner une première fois la voie . Mais à l' endroit crucial , nous sommes déjà complètement vi dés , et nous ne nous risquons plus à décoller de la ligne droite . Au retour , c' est pleins de respect que nous commentons la dernière création de Jürg von Känel . et avec elle , le rêve de Fusion s' envole pour l' année . Heinz séjourne dans le Midi de la France , où il a des objectifs qui lui semblent plus accessibles . Ce n' est qu' en m' agrippant de toutes mes forces que l' ample mouvement dy- Dans la voie « Bschiitti-giitti » ( 10 ) , la plus difficile du site d' Uschenen namique en direction de la petite fissure devient possible . La libérer pour le difficile mouvement suivant me prend trop de temps . Ses indications me sont d' un grand secours en ce moment , et cela va tout de suite nettement mieux . Il ne me manque que quelques millimètres pour atteindre la prise . Nous nous promenons un peu dans les environs et examinons la nouvelle petite école d' escalade . Et aussi Bschüttigütti . Une fois de plus , j' ai de la peine à sentir et contrôler exactement le mouvement à l' instant crucial . Je prends encore trop d' élan , ce qui est absurde sur des prises aussi minimes . Je sens seulement que quelque chose ne joue pas encore tout à fait . Au moment de m' élancer , je me demande une seconde si elle s' impatiente , ou si elle cache d' autres arrière-pensées . Je suis sûr qu' elle me laisserait essayer encore une fois , mais je sais bien que la concentration et les forces me feraient défaut , que la peau de mon doigt ne résisterait pas , et que tous les palabres autour d' une cinquième tentative ne m' empêcheraient pas d' échouer . les grands mouvements réclament toute mon attention . Une brève correction de ma position , et je l' ai bien en main . Mousquetonnage du dernier piton et une traction résolue sur la prise de sortie . Les derniers rayons du soleil , et l' assurage amical d' Ernst Müller , qui se promène tout seul par ici , nous permettent même de répéter l' escalade , d' en prendre quelques photos et de savourer encore un peu ce beau moment . C' est de très bonne humeur que nous remballons nos affaires et prenons congé de cet endroit unique . jëte nord du Selbsanft Albert Schmidt , Engi ( GL ) Mes camarades Johann Stoffel , Harry Zweifel et moi-même , nous avons réservé pour cette escalade le weekend des 28-29 septembre 1985 . Harry surtout , qui a grandi au Tierfed , au pied de ces parois , se réjouit de grimper enfin sur la haute cime que son père a déjà foulée à l' époque des travaux du barrage . Près d' une prise d' eau du barrage , dans la paroi à droite , nous prenons le « Birchengang » , une raide vire rocheuse qui s' élève jusqu' à l' épaule inférieure du versant nord . Une demi-heure après le crépuscule , une clarté commence à monter derrière les parois du Muttsee pour envahir bientôt tout le ciel bleu sombre , et à 20 h 30 la pleine lune se lève au-dessus du Kistenpass . Même si nous avons vécu d' autres nuits de pleine lune en montagne , nous res 42__________________________________________ sentons tout particulièrement ce soir , dans notre bivouac solitaire du Selbsanft , la magie et la beauté de cette atmosphère . Peut-être bien que nous reviendrons ici , mais il ne nous sera certainement pas donnée de revivre une telle nuit . Peu à peu , la lune approche du Selbsanft , puis disparaît derrière lui . Notre grotte s' obs complètement , et nous nous glissons dans les sacs de couchage . Sur les vires , on rencontre beaucoup de caillasse , mais les ressauts plus raides sont en bon calcaire jurassique ( malm ) . Plus loin , un passage de rocher brun très délité requiert une grande prudence . Les névés du groupe des Clariden et les glaciers du Tödi scintillent au soleil , tandis que dans la vallée , déjà bien lointaine , les ombres s' attardent encore . En rusés goupils que nous sommes , nous savons comment attaquer un tel passage : Bientôt c' est à notre tour de nous battre avec ce passage vicieux . A côté de la masse du Mittler Selbsanft , le Tödi trône au sud dans toute sa puissance , au-dessus des prairies et des rochers de la Bifertenalpli et de la Röti . En face , dans la cuvette d' éboulis grise entre Nüschenstock et Ruchi , on aperçoit l' œil bleu du Muttsee , et à sa droite la cabane du même nom . Si nous nous tournons vers la vallée , c' est la vue vertigineuse sur le Tierfed , près de 2000 m plus bas , sur les abîmes de la Sandalp , des gorges du Limmerenbach et de la Linth . Sur les hauteurs du massif Nous dévarappons le gendarme sommital et poursuivons l' ascension de l' arête en direction du Mittler Selbsanft , que nous escaladons par un couloir neigeux , après avoir traversé une pente d' éboulis . Sur le plateau sommital s' ouvre alors un vaste horizon , sous un ciel immense . Par les crêtes arrondies de Plattas Alvas , nous nous dirigeons vers le sud , vers l' éclat des glaciers . Sur ces hauteurs , sur le dos voûté de la puissante montagne , nous éprouvons presque physiquement la solitude et la sauvagerie de cette région . Nous devrons d' abord descendre au bout du lac par un passage exposé protégé par des câbles , avant de suivre le sentier qui longe la rive abrupte du lac en d' incessantes montées et descentes , tout cela dans la chaleur de l' après . ' ouvenirs du Piz Buin et du Piz Platta Mais partie remise n' est pas perdue , car cette promesse continuait à se rappeler à moi comme un léger reproche . Je viens de pique-niquer au pied de la Crasta Mora , sur une pente exposée au sud . Mes yeux le suivent jusqu' à ce qu' il disparaisse au loin , puis mes pensées s' envolent vers les courses de la section Bernina au Piz Buin et au Piz Platta . Lorsque j' essaie de me souvenir de ce qui s' est passé alors , je dois reconnaître que bien des anecdotes et des petits faits amusants survenus dans notre groupe ne me sont plus entièrement présents à l' esprit . Les contours de certains événements se sont effacés ou restent flous , bien qu' ils reprennent vie quand je suis en présence des participants à ces courses ; je peux alors retrouver les impressions d' autrefois . par exemple , la souffrance provoquée par une ampoule au pied , ou un pas de danse en gros souliers dans la petite salle boisée d' un mayen perdu dans la nature , ou bien les nuages qui naissent dans un tourbillon au pied du Piz Platta , ou encore les appels des perdrix des neiges qu' on entendait à l' aube en quittant la Buinhütte . Cela n' aurait guère de sens pour moi de relater par écrit toute la course , et il serait peut-être aussi trop difficile de rassembler des bribes de souvenirs . Je ne cesse de me demander , et je pense qu' il en va de même pour chacun , ce qui nous pousse à nous lever avant le jour , à claquer des dents sur le parking de la poste à St. Moritz-Bad en attendant les camarades , puis à entamer une montée longue et pénible , pour enfin affronter des passages difficiles à la descente . Toutefois , la montagne ne saurait à elle seule guérir tous les maux ni servir de compensation à une existence insatisfaisante . Chacun d' entre nous dispose d' un territoire qui lui est plus ou moins familier . Et l' on dit aussi que l' homme est pétri d' habitudes . Pourtant le « nouveau monde » , la « terra incognita » , exercera toujours sa fascination sur lui . Car pour que cette vie reste digne d' être vécue et conserve une certaine tension , pour Ambiance matinale au fond du Val Tuoi que le goût du risque ne se perde pas , chacun a besoin de rechercher et de vivre des expériences lointaines , nouvelles . Une course devient une expérience authentique et profonde quand la nature extérieure est en harmonie avec ma nature intérieure , quand elles sont reliées l' une à l' autre . Si l' on en prend le temps , il peut même arriver qu' on découvre alors non seulement le chemin de secrets extérieurs , mais celui de son propre être intérieur . fois le Rheinwaldhorn Peter Donatsch , Mastrils Radieuse matinée d' août . Mais je suis encore enfermé au bureau , et les heures semblent s' éterniser . George passe me prendre . Il est hôtelier et , la semaine durant , porte des costumes de la meilleure coupe , toujours impeccablement assortis . Je le vois traversant discrètement les salles , se consacrant à ses hôtes avec une politesse exquise , s' entretenant avec eux dans les cinq langues qu' il maîtrise couramment , acceptant d' un sourire un compliment ou s' empressant de remédier à une erreur . Mais il préfère encore porter des jeans ou escalader les sommets . Jusqu' à Ilanz , nous parlons des affaires et du travail , mais ensuite , pendant le trajet dans l' étroite vallée du Valserrhein , le monde de la montagne s' empare définitivement de nous . « En montagne , la ligne droite n' est pas toujours la plus courte » , professé-je , plaidant l' abandon de notre descente sur la langue du glacier et un détour par la pente d' éboulis . Aussitôt dit , aussitôt fait . Mais le torrent , gonflé par les pluies , ne tarde pas à nous arrêter . George tente sa chance à un élargissement où , grâce à des pierres émergées , on devrait pouvoir passer en quelques bonds . Je préfère longer l' obstacle dans l' espoir de rencontrer plus bas un étranglement . Hélas , bien au contraire , des affluents viennent grossir les flots . Une seule solution : Nous « surfons » littéralement sur le petit chemin , nous hâtant à la rencontre du soleil qui , suprême ironie , a brillé toute la matinée au bas de la Lampertschalp . Deux , trois pas prudents ... pour perdre à nouveau l' équilibre . Pius a au moins un quart d' heure d' avance . Mais pour nous , il n' est qu' une étape vers le but que nous poursuivons durant toute notre vie . Wv ss Wändli , Willy Auf der Maur , Seewen ( sz ) Le Gr . Lorsqu' elle n' est pas au rendezvous , les visages se figent , les conversations deviennent bavardage , les cordes se coincent dans les branches ( car l' un passe à gauche du pin et l' autre à droite ) . L' harmonie n' a pas besoin de beaucoup de mots , elle est discrète , silencieuse ... aussi silencieuse que nos pas aimeraient l' être aujourd' hui dans cette forêt de montagne et dans les premiers gradins rocheux au-dessus des arbres . La première dalle Le silence pourrait aussi être une sorte d' égoïsme , et comme je ne veux pas donner à mes deux compagnons - qui n' ont pas l' habi de partir en course avec des alpinistes plus expérimentés - l' impression de me mettre en avant , ni passer pour un original , je me sens obligé de briser le silence de mort qui règne ici , à l' attaque de la Wyss Wändli , la plus facile des voies ouest du Grand Mythen . Des images surgissent devant mes yeux : celles de visages crispés , de silhouettes qui progressent à genoux sur la surface claire et polie de la dalle , les deux grands gaillards suspendus à ma corde comme les grains d' un chapelet après que l' un ait glissé et entraîné l' autre dans sa chute . « Mais je vais vous dire comment la franchir sans problème » , ajouté-je avec un sourire compatissant . Les traits de Susi et de Ruedi se détendent . Si la rose d' or , comme nous appelons cette fleur chez nous , avait balancé sa merveilleuse corolle dans le vent , j' aurais crié de joie , comme tout à l' heure durant notre montée vers le Mythen , lorsque nous avons passé à côté d' un bloc de rocher gris-vert aussi haut que deux hommes . J' ai donc essayé de faire surgir devant eux l' image du gamin blond , si sérieux , qui dépassait juste de la tête et de la poitrine le bord de l' autel , entouré d' un parterre de feuilles argentées qui semblaient regarder vers lui , chantant son « Gloria in excelsis Deo » les bras écartés , accompagné par le clair pépiement des oiseaux et le murmure grave des sapins barbus . le timon dressé du petit char à échelle , peut-être déjà chargé de bois mort , peut-être encore vide . Sur la rampe Entre-temps , mes compagnons sont bien arrivés jusqu' à moi et je peux attaquer la deuxième longueur . Quant à moi , je dois avouer pour ma honte que j' ai souvent ressenti une légère inquiétude le long de ces cinq ou six mètres . Notre salut se trouve plus loin , derrière une côte abrupte pleine d' herbe , dans un système de petits couloirs et de vires . La vire Genecand Ne demandez pas autour de vous où elle peut bien se trouver . Nous fourrions dans le sac les espadrilles aux semelles de chanvre et nous en sortions les chaussures de montagne à tricounis . Les clous tricounis , rangés en zigzag sur le pourtour des semelles , ont à l' époque complètement bouleversé la vie des montagnards . Et avec raison , car les clous tricounis étaient comme de petits animaux griffus : dans la neige duré , dans les éboulis , dans le granite rugueux ... partout ils mordaient joyeusement . Là , ils s' en donnaient vraiment à cœur joie , et c' est pourquoi l' époque des tricounis a aussi été celle des grandes voies herbeuses . « Pourquoi j' ai l' air si gai ? » Susi et Ruedi attendent mes explications . Mais ceci se passait en un temps que vous n' avez pas connu , à l' époque héroïque des tricounis ! » . Sous le charme du Wyss Wändli Nous continuons à grimper en nous élevant en diagonale le long de la paroi . « Tu as bien maigri , ton tronc aux taches claires est tout grêlé maintenant , tes racines fixées dans les fissures de la paroi sont sèches et rabougries , ta couronne de feuilles bien clairsemée . Mais aujourd' hui ? Je t' aime autant que jadis , pourtant je passe ma corde dans le piton à expansion juste à côté de toi , celui-là même que je maudissais il y a quelques années , parce qu' il prétendait te remplacer . » Du haut d' un relais , dans une niche agréable en pleine paroi , notre regard embrasse le paysage à nos pieds , d' abord une mer de sapins aux cimes pointues , puis des pâturages verts et une partie de la vallée de Schwyz , d' où des bruits familiers montent jusque vers nous . Dans le numéro spécial des ALPES publié lors du 100e anniversaire du CAS ( 2/1963 ) , on peut lire que Genecand a gravi plus de vingt fois le Grépon - la pierre de touche des grimpeurs d' élite à l' épo - et qu' il a ainsi fait découvrir les peines et les joies de la varappe à d' innombrables débutants . « Vous voyez là-haut , à gauche de la gorge , les anneaux qui pendent dans la paroi ? C' est la traversée de la paroi sudouest , une voie que j' ai faite un jour avec Thedy . Susi rit , Ruedi et moi aussi , tout notre petit monde rit à l' unisson : Comme j' aimerais que mes compagnons puissent admirer la vue qui s' ouvre vers le bas ! Seffi l' obs , qui avait voulu faire cette voie parce qu' il avait entendu dire que des représentantes du beau sexe avaient déjà escaladé le Wyss Wändli ! « Ce que des femmes peuvent faire , je le ferai aussi ! » avait-il annoncé à la ronde , et il s' était inscrit sur la liste d' attente auprès de moi pour la course convoitée . Et c' est vrai qu' il ne lui est rien arrivé ce jour-là , à Seffi ! La facette de sortie Brouillard ou pas , nous ne nous laisserons pas gâter le plaisir d' escalader la dernière petite paroi , celle de la sortie . C' est ici et maintenant , près de ce pin couché sous lequel je me suis glissé , au milieu de cette paroi avec ses petites listes horizontales bien propres , qu' on devrait me demander pourquoi je grimpe . « Parce que j' aime notre mère la terre , parce que je veux la caresser et l' embrasser ... mais que je n' aime pas ramper ! Personne , même pas nos maîtres en alpinisme , n' aurait pu nous enseigner à l' époque l' escalade technique . Indépendamment des autres inconvénients , cette « technique » me dota rapidement d' ex biceps , tandis que Franz , qui était encordé à la taille , se plaignait de plus en plus de maux de ventre . Je sais où trouver du bois-gentil odorant , dans les coins secs et protégés , partout dans les pentes des Mythen orientées au sud , là où le soleil tape dès le mois d' avril , lorsque l' alpiniste doit encore sauter d' une île rocheuse à l' autre pour éviter la neige fondante . Avec le bois-gentil , j' ai une relation presque mystique , mais avec la menthe , non ! En effet , les moutons paissaient autrefois à côté des chamois sur la Mythenmatt , ce pan d' herbe incliné bien visible en dessous de la tête sommitale rougeâtre . Maintenant , ça va aussi avec des semelles caoutchouc , n' en déplaise aux pessimistes de l' après . « Vos semelles caoutchouc sont peut-être bonnes , mais si vous êtes surpris par l' averse sur la Mythenmatt , j' aimerais bien vous voir ... De l' herbe mouillée et du caoutchouc , mais c' est du savon noir ! C' était Köbel , un sculpteur et conteur plein d' imagination . Et il n' était pas le seul à être si sceptique . N' est pas une bonne raison d' honorer sa mémoire encore davantage ? Chacun porte en soi une galerie de peinture dont il peut choisir les tableaux à sa guise . Un lieu particulièrement propice à l' élaboration de tels tableaux , c' est le Rot Grätli , au sommet du Grand Mythen . Les images ont ici trois dimensions , s' élèvent dans un ciel où flotte le drapeau suisse , s' étendent au loin jusqu' au bassin du lac de Zurich , à l' Alpstein , aux Alpes d' Uri et d' Unterwald , plongent jusqu' aux fo rets sombres et aux prairies fleuries de l' Alptal et à la vallée de Schwyz , avec ses taches de couleur et ses lacs . Tout en haut , le cercle se referme En suivant le Rot Grätli , où alternent des bancs d' ardoises et des tertres gazonnés , nous arrivons rapidement au sommet , un petit plateau rocheux . A nous aussi , comme il fallait s' y attendre , on nous tend un verre étin-celant . Je l' ai toujours dit : l' harmonie est l' alpha et l' oméga de tout l' alpinisme ! ( Traduction d' Annelise Rigo ) Pourquoi faudrait-il toujours un ciel bleu de calendrier?Départ du collet d' attaque de la voie « Wyss Wändli » , au Gr . Mythen