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2021-12-01 01:19:40 +08:00

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jëte nord du Selbsanft
Albert Schmidt , Engi ( GL )
Vu de Tierfed , le Selbsanft trônant au-dessus de la gorge de la Linth
Montée à Luegboden par le versant nordest
A partir du premier pylône du téléphérique des KLL ( Kraftwerke Linth-Limmeren ) , nous descendons par le chemin d' alpage de Baumgarten jusqu' à Schwamm et empruntons une sente qui traverse la pente à flanc de coteau , en passant par une clairière où un couple d' er 39 Une course bien tentante L' article précédent , consacré au livre de sommet du Selbsanft , évoque à plus d' une reprise l' arête nord de cette montagne ;
pourtant , le lecteur ne peut guère se faire une idée de cette arête , tant les alpinistes ayant inscrit leur passage dans le livre sont laconiques à son sujet .
C' est pourquoi je vais raconter ici l' aventure que représente l' ascension de cette arête .
II fait un magnifique temps automnal , sans risque d' orage .
La voie est sèche .
Une fois de plus , nous sommes tentés par les puissantes falaises nord de la montagne .
Mes camarades Johann Stoffel , Harry Zweifel et moi-même , nous avons réservé pour cette escalade le weekend des 28-29 septembre 1985 .
Harry surtout , qui a grandi au Tierfed , au pied de ces parois , se réjouit de grimper enfin sur la haute cime que son père a déjà foulée à l' époque des travaux du barrage .
Vue depuis le Vorder Selbsanft ( ou Hauserhorn ) sur le Tödi mites a vécu durant de longues années .
Abandonné par ses propriétaires , leur jardinet est maintenant envahi par les mauvaises herbes .
Nous continuons à monter dans la forêt et parvenons sur une crête .
De là , le regard plonge sur la gorge du Limmerenbach , d' où surgissent les puissantes parois calcaires du massif Muttsee-Selbsanft .
Ce monde sauvage et menaçant nous impressionne profondément ;
la description de Caspar Hauser citée plus haut cf. p.31 ) s' appliquerait bien à la vision que nous en avons depuis là .
Parvenus à cet endroit , les promeneurs peu familiarisés avec la montagne risquent bien de ne pas oser faire un pas de plus !
En suivant la trace de sentier , nous nous engageons dans la gorge , avec l' impression de nous perdre dans les oubliettes d' une forteresse .
Les parois rocheuses qui formaient un demi-cercle autour de nous se resserrent jusqu' à ne laisser que quelques mètres de l' une à l' autre .
Nous pénétrons dans un autre monde , bien loin de notre univers quotidien .
Même en cette saison et à l' altitude de 1200 mètres , des restes durcis d' avalanches subsistent au fond de la gorge .
Nous nous frayons avec peine un chemin en remontant le lit du ruisseau , enjambant des barrages de vieille neige et passant le long de blocs de rocher polis par les eaux .
Quel déluge ce serait si les eaux de la Limmeren n' étaient pas retenues en amont par le barrage !
On ne pourrait pas emprunter ce passage en été .
Les anciennes éditions du guide du Club alpin indiquent d' ail que cette course n' est possible qu' en 41 automne .
Près d' une prise d' eau du barrage , dans la paroi à droite , nous prenons le « Birchengang » , une raide vire rocheuse qui s' élève jusqu' à l' épaule inférieure du versant nord .
Très vite se creuse en dessous de nous un abîme vertigineux .
Nous ne sommes pas encore encordés et chaque pas exige une grande concentration .
A partir de cette épaule exposée , le « Birchli » , on monte tout droit à travers des vernes , puis on escalade un ressaut rocheux .
La pente devient si raide qu' on ne voit plus où l' on va , si bien qu' il faut un peu de flair pour trouver le meilleur cheminement .
Le piolet dans la main côté montagne , un bâton de ski comme appui dans l' autre :
c' est ainsi qu' on remonte le mieux ce versant herbeux interrompu de rochers et de cailloux branlants .
Arrivés au deuxième épaulement , le Luegboden , nous rejoignons le versant Limmeren par des pierriers raides pour nous retrouver bientôt sur une vire herbeuse devant l' emplacement de bivouac , qui est plutôt un abri qu' une grotte et se compose de deux renfoncements au pied de la falaise verticale .
Le bivouac Une lumière dorée s' attarde encore sur les sommets dominant le Muttsee .
L' obscurité monte rapidement de la gorge du Limmerenbach .
Nous cherchons le meilleur endroit pour dérouler nos matelas et nos sacs de couchage .
Puis nous allumons les réchauds pour préparer le souper .
Le repas est agrémenté de joyeux « propos de table » .
Je raconte à mes camarades l' épisode de l' orage que j' ai vécu ici trois ans auparavant .
Nous avions rempli nos gobelets en les tenant sous la pluie battante , car nous avions oublié de prendre de l' eau au ruisseau de Limmeren !
Une demi-heure après le crépuscule , une clarté commence à monter derrière les parois du Muttsee pour envahir bientôt tout le ciel bleu sombre , et à 20 h 30 la pleine lune se lève au-dessus du Kistenpass .
Elle éclaire d' abord notre abri , puis à mesure qu' elle s' élève , elle diffuse une douce lumière dans les profondeurs de la gorge et étend un voile transparent sur les silhouettes très noires des montagnes .
Même si nous avons vécu d' autres nuits de pleine lune en montagne , nous res 42__________________________________________ sentons tout particulièrement ce soir , dans notre bivouac solitaire du Selbsanft , la magie et la beauté de cette atmosphère .
Nous allu- il mons une bougie qui projette sa lumière || chaude sur le plafond rocheux au-dessus de nos têtes , puis je me glisse en rampant dans la fente la plus étroite , au fond de la grotte , pour photographier de là ce décor exceptionnel .
Peut-être bien que nous reviendrons ici , mais il ne nous sera certainement pas donnée de revivre une telle nuit .
Peu à peu , la lune approche du Selbsanft , puis disparaît derrière lui .
Notre grotte s' obs complètement , et nous nous glissons dans les sacs de couchage .
Le silence de la nuit , souligné par le murmure de l' eau du lac de Limmeren , nous berce et nous endort .
Nous nous sentons en sécurité dans le creux de cette montagne gigantesque .
A 5 heures , le bip-bip d' une montre nous tire impitoyablement de notre sommeil .
En vieux habitués des bivouacs , nous nous débrouillons pour chauffer de l' eau et déguster notre petit déjeuner ( un bol de birchermüesli et du café ) sans sortir de nos sacs de couchage .
Dans le petit espace de ciel que nous apercevons entre le plafond de la caverne et l' horizon du Muttsee , les étoiles pâlissent rapidement .
A 6 heures , aux premières lueurs de l' aube , nous quittons notre logis romantique .
Sur l' arête nord Nous gagnons le Luegboden puis remontons le premier ressaut en direction de l' arête nord , une raide pente d' herbe et d' éboulis .
Sur les vires du versant Sandalp , nous découvrons quelques chamois en train de brouter .
Sur ces hauteurs ils n' ont rien à craindre , même à la saison de la chasse .
Nous remontons un couloir en escalier par une varappe facile et atteignons une étroite brèche dans l' arête nord , où les premiers rayons du soleil nous accueillent .
Quel instant merveilleux , même si nous l' avons déjà vécu cent fois !
Nous nous encordons et escaladons l' arête sur son fil .
Sur les vires , on rencontre beaucoup de caillasse , mais les ressauts plus raides sont en bon calcaire jurassique ( malm ) .
Plus loin , un passage de rocher brun très délité requiert une grande prudence .
Nous gagnons rapidement de la hauteur et nous arrivons au pied du gendarme jaune-brun caractéristique auquel les alpinistes ont donné le nom de « corne d' or » .
Mais au Neu de filons d' or , ce sont des coussinets de gazon qui rayent le rocher du côté est du gendarme .
Le sommet de la tour , bien plat , invite au repos .
Les névés du groupe des Clariden et les glaciers du Tödi scintillent au soleil , tandis que dans la vallée , déjà bien lointaine , les ombres s' attardent encore .
Seul le léger grondement du Sandbach monte jusqu' ici en cette heure matinale .
Derrière la « corne d' or » nous trouvons une large vire d' éboulis , puis un banc de rocher surplombant qui fait tout le tour de la montagne .
La voie la plus logique mène à un angle d' où on traverse horizontalement sous de puissants surplombs pour gagner une pente de rochers délités .
Nous suivons ce cheminement pour atteindre à nouveau l' arête au pied d' un ressaut très redressé .
Ce bastion vertical est interrompu sur son flanc est par un dièdre-cheminée .
En rusés goupils que nous sommes , nous savons comment attaquer un tel passage :
nous envoyons au combat notre camarade Johnny , grimpeur sportif venu du « village en trois lettres » bien connu des cruciverbistes , en Plattas Alvas , sur les hauteurs du Mittler Selbsanft .
A l' arrière , le Bifertenstock l' abreuvant de flatteries sur sa technique d' es !
Il va faire cette longueur « les doigts dans le nez » !
Moqueurs , nous échangeons un regard entendu lorsqu' il s' échine et transpire dans la cheminée brûlante de soleil , puis reste coincé à cause de son sac , pour finalement se lamenter sur la « désagrégation des Alpes gla-ronaises » , couplet pourtant malvenu ici , dans ce rocher ferme et poli .
Bientôt c' est à notre tour de nous battre avec ce passage vicieux .
Nous remontons ensuite un terrain délité jusqu' au dernier gendarme , le plus sombre , formé de grès nummulitique .
Tout joyeux , nous parcourons la dernière demi-longueur sur l' arête et atteignons la cime du Hauserhorn .
Au sommet II n' est que dix heures , la journée est magnifique , nous pouvons donc nous accorder une longue pause au sommet .
A côté de la masse du Mittler Selbsanft , le Tödi trône au sud dans toute sa puissance , au-dessus des prairies et des rochers de la Bifertenalpli et de la Röti .
A l' est du massif du Selbsanft , on voit tout en bas le lac de Limmeren , gris-vert clair , bordé par les bancs de rochers crevassés et les gradins étages du Kistenpass .
En face , dans la cuvette d' éboulis grise entre Nüschenstock et Ruchi , on aperçoit l' œil bleu du Muttsee , et à sa droite la cabane du même nom .
Si nous nous tournons vers la vallée , c' est la vue vertigineuse sur le Tierfed , près de 2000 m plus bas , sur les abîmes de la Sandalp , des gorges du Limmerenbach et de la Linth .
Mais notre regard se tourne maintenant vers ce qui est tout près de nous , le petit livre de sommet , que nous sortons de sa boîte abîmée par la foudre .
Nous le feuilletons un instant avant de nous y inscrire , reconnaissants de pouvoir allonger la liste des alpinistes qui y ont écrit leur nom depuis 1863 .
Ce moment de pause passe trop vite , déjà un coup d' œil à la montre nous indique qu' il est temps de nous remettre en route .
Sur les hauteurs du massif Nous dévarappons le gendarme sommital et poursuivons l' ascension de l' arête en direction du Mittler Selbsanft , que nous escaladons par un couloir neigeux , après avoir traversé une pente d' éboulis .
Sur le plateau sommital s' ouvre alors un vaste horizon , sous un ciel immense .
S' être élevé d' un repli caché dans les soubassements de la montagne , avoir grimpé 1700 m , s' être dépensé durant des heures dans un terrain difficile , pour déboucher ensuite ici , à près de 3000 mètres sur cette haute montagne éblouissante , inondée de soleil :
une telle expérience est vraiment réservée aux seuls alpinistes .
Par les crêtes arrondies de Plattas Alvas , nous nous dirigeons vers le sud , vers l' éclat des glaciers .
Toutes les Alpes grisonnes se déploient à l' est et au sud , masquées seulement , au-dessus du Limmerenfirn , par les longs bombements glacés du Bifertenstock .
Sur ces hauteurs , sur le dos voûté de la puissante montagne , nous éprouvons presque physiquement la solitude et la sauvagerie de cette région .
Les débris rocheux et les pierres plates de cette arête sommitale libre de neige crissent doucement sous nos semelles .
Parfois ils forment pour l' œil des motifs étranges , dont la structure d' ensemble ne se révélerait que depuis un poste d' observation plus élevé .
Une longue descente Après la pause de midi dans un creux neigeux exposé au soleil , nous descendons d' abord par le Griessfirn , puis , par des dalles claires fissurées , des moraines et des éboulis , jusqu' au bout du glacier de Limmeren .
De là nous suivons le torrent glaciaire jusqu' à la cascade qu' il forme par-dessus une paroi rocheuse surplombante .
Au-dessous de nous , au fond de la vallée , s' étend le lac artificiel de Limmeren , qui a la couleur claire de l' eau de fonte .
Nous ne sommes encore qu' à mi-chemin des 12 km que compte le retour ( du sommet du Hauserhorn au « Chalchtrittli » ) .
La distance qui nous reste exigera donc encore un effort de deux heures .
Nous devrons d' abord descendre au bout du lac par un passage exposé protégé par des câbles , avant de suivre le sentier qui longe la rive abrupte du lac en d' incessantes montées et descentes , tout cela dans la chaleur de l' après .
Enfin , à l' Och , ce sera le tunnel humide et froid de la route du barrage , puis le téléphérique .
Espérons que nous attraperons la dernière benne , à 4 heures et demie !
Les sacs bourrés étaient lourds ( corde , piolet , équipement de montagne et de bivouac ) , et c' est en sueur et assoiffés , genoux sifflants et pieds en compote , que nous sommes arrivés dans la vallée .
Mais malgré ces peines et ces efforts ( ou justement à cause d' eux ) , nous sommes désormais liés au Selbsanft par ce long chemin parcouru dans la région la plus solitaire des Alpes glaronaises .
Nous sommes liés à cette montagne que les alpinistes gravissent depuis 125 ans , laps très court dans son existence de plusieurs millions d' années .
Elle nous a conquis par la beauté de son univers rocheux , sa solitude et sa nature intacte .
Vivant amici montium !
( Vivent les amis de la montagne !)
( Traduction d' Annelise Rigo )