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face nordest directe
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Michel Piola , Vernier
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La face nordest de la Kingspitz , haute d' environ 600 m ( Engelhörner , ob )
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Dring ... Dring ...
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Dring ... Dring !
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hop debout !
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Ne connaissant pas encore ce massif des Alpes bernoises , j' en suis réduit à imaginer ce que peut représenter cette face calcaire haute de près de 600 mètres , dans une région qui ne compte finalement que peu de parois de ce type accusant une telle ampleur ( hormis bien sûr la face nord de l' Eiger et ses 1650 mètres de haut ) .
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Et quelle sera la qualité du rocher ?
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La voie classique de la face nordest , tracée en 1938 par M. Lüthy , H. Haidegger et H. Steuri , jouit d' une réputation toute particulière .
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Le guide signale un rocher bon dans l' ensemble , mais précise qu' il s' agit d' une paroi de type dolomitique et que certaines précautions s' imposent par conséquent , surtout si d' autres cordées sont engagées dans le même itinéraire ...
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Enfin , et cela sera notre problème principal , nous de vrons faire vite ; Daniel est attendu à Berne demain soir .
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La course contre la montre est engagée !
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Berne déjà .
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Pris dans ce flot entre une secrétaire fleurant le parfum bon marché et deux jeunes cadres très dynamiques ( trop ?) , je ne peux que précéder mon bagage à dos dans le sens voulu par la foule , en formulant l' espoir qu' un petit relâchement de la pression humaine me permettra de m' échap pour retrouver Daniel à ... mais au fait où donc ?
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Heureusement , la source tarit quelque peu , la circulation devient plus aisée et j' ai juste le temps d' apercevoir un morceau de pantalon rouge et une chaussure de trekking s' échap au coin d' un escalier .
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c' est Daniel !
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Nous sautons dans sa petite voiture pour gagner le point de départ de nos véritables efforts : le parc automobile au-dessus de Rosenlaui , peu après Meiringen .
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Cette deuxième solution emporte notre adhésion , pour des raisons financières d' une part , mais aussi parce que nous pensons qu' il est important aujourd' hui d' en les grimpeurs à plus de responsabilité en montagne .
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Certains s' étonneront peut-être de lire que , tenant pareil langage , nous allons néanmoins poser près de 58 gollots dans la voie .
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Une attention toute particulière doit à ce propos être portée au problème de la chute au sol et du possible rebond contre une particularité du terrain ( contre un pan de dièdre ou depuis un surplomb sur une dalle inclinée , par exemple ) .
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Ces problèmes résolus , il ne nous reste plus qu' à ordonner nos charges pour les rendre compatibles avec le volume de nos sacs à dos , puis à nous engager d' un pas alerte sur le magnifique sentier menant à ( ' Engelhornhütte .
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Il est 11 heures du matin ...
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Fin du premier acte II y a en fait peu de choses à dire sur l' esca en elle-même , si ce n' est qu' en ce début d' après nous entamons la remontée du socle de la voie classique 1938 jusqu' au pied du premier ressaut raide , à environ 100 mètres du pied de la paroi .
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En effet , après deux longueurs et demie d' escalade sur cet étrange serpent de roc , nous pouvons nous échapper à droite pour gagner le début de la zone centrale de dalles grises , magnifique toboggan compact présageant une escalade difficile , soutenue et technique !
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[.'Engelhornhütte possède encore ce charme un peu désuet , mais combien apprécié , d' un authentique refuge de montagne épargné par le gigantisme et le modernisme :
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le bâtiment est de dimensions modestes , les dortoirs s' enchevêtrent curieusement les uns dans les autres et la cuisine fait partie intégrante de la salle commune , ce qui confère au Neu une note de convivialité certaine .
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Samedi 10 septembre 1988 :
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deuxième acte Alors que la veille nous étions seuls dans la paroi , plus d' une dizaine de cordées se portent aujourd' hui candidates à la voie classique , ce qui nous conforte dans notre choix du port du casque , accessoire bénit entre tous lorsque quelques chuintements de l' air nous annoncent l' arrivée de pierres ;
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Signalons qu' à R5 et R7 , nous avons la surprise de croiser d' anciennes lignes de pitons et de gollots inconnues de nous , deux tracés d' itinéraires continuant de toute évidence sur notre gauche .
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Un dernier dièdre , un ultime bombement , et nous voilà à nouveau à proximité de l' itinéraire de la voie classique , à la fin des difficultés et peu en dessous du sommet , où nous avons la surprise ( réciproque ) de croiser notre ami Kaspar Ochsner , le grand spécialiste de la région ( Kaspar a ouvert de nombreuses et très belles voies juste en face , au Simelistock ) .
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ED inf .
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/ 550 m / passages de 6b obligatoires / 6c en libre .
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Escalade très intéressante , particulièrement dans la zone médiane , proposant une certaine ampleur et une ambiance de grande face calcaire .
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En rappel depuis R 13 ( cordes de 45 m./maillons rapides en place ) ou par le versant W depuis le sommet .
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Helvetiaplatz 4 , 3005 Berne , téléphone 031/43 36 11 , telefax 031/446063 .
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Préposé du CC aux publications CCGothard , 1989-1991 Dr Hansjörg Abt , téléphone 01/2581261 , telefax 01/251 4424 .
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Impression et expédition Staempf li + Cie SA , case postale , 3001 Berne , telefax 031/240435 , CCP 30-169-8 .
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Les sommets de la Cordillera Blanca ( Pérou ) , vus des hauts plateaux andins . Photo :
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10 fr . Bulletin mensuel séparé :
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Reproduction :
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Articles adressés à la rédaction .
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La rédaction accepte volontiers les articles de tous genres et le matériel photographique , mais décline toute responsabilité à leur sujet .
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Tirage attesté :
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71 176 exemplaires .
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Notre expérience était mince , notre matériel rudimentaire , mais notre enthousiasme contagieux et notre détermination sans faille .
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N' avions pas escaladé le Finsteraarhorn l' été précédent et n' allions pas récidiver au Mont Blanc et au Cervin dans quelques mois ?
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D' autres , au contraire , vous obligent à multiplier les tentatives en accumulant les obstacles , de sorte que l' on finit par se croire détesté , comme si un mauvais esprit était niché dans la montagne .
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Il y a une troisième espèce , dont les représentants se montrent de prime abord sous un jour débonnaire , vous réservant ensuite quelque tour sournois , une sorte de coup de Jarnac qui mettra vos facultés à rude épreuve .
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La course devait d' ailleurs se terminer un peu plus haut , à proximité du Windjoch , à cause de la neige fraîche trop abondante .
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En descendant , les deux lascars devaient suivre leur trace au décimètre près , car André chuta dans le même trou et resta suspendu à ses skis coincés en travers de la faille !
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Trois ans plus tard , André se tuait pour ainsi dire sous mes yeux au Rothorn de Zinal , après une misérable chute pendulaire d' une dizaine de mètres dans un passage sans difficulté .
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Sans doute , mais si je crois ce que Livanos en dit à propos du grand Riccardo Cassin , il ne suffit pas de l' attendre , encore faut-il la solliciter avec la vigueur nécessaire .
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Se souviennent-ils du 12 août 1973 , ceux qui nous prêtèrent main-forte ce jour-là ?
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Sauveteurs d' Air à l' efficacité parfaite , guides et alpinistes dont je ne sais même pas le nom ( exception faite d' Alain Junod et Denis Berger , de la section des Diablerets , qui donnèrent l' alarme a la cabane ) , car je n' ai pas pensé le leur demander dans la bousculade des événements .
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Un tour pendable Les Genevois ont des coutumes bien à eux , cela dit sans la moindre allusion au « witz » un peu éculé par lequel les Confédérés associent le débit verbal et le tempérament râleur des gens du bout du Léman aux dimensions de leurs organes vocaux .
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Le vendredi , huit des plus ingambes montèrent à la cabane des Mischabel' par un temps radieux , qui incita d' autres alpinistes et même quelques guides à faire de même .
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Le lendemain , nous étions à cinq pour le Nadelhorn .
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J' emmenais la suivante , assisté par Paul Delisle , fidèle complice de je ne sais plus combien d' escapades en montagne , et un nouveau membre entre nous deux .
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Celui-ci m' adresse une question à brûle-pourpoint :
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- Si je tombe , tu me retiens ? - Tu peux toujours essayer !
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Cinq réchauds à méta sont aussitôt mis en batterie sur une table afin de fondre de la neige .
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Irruption du gardien , furieux :
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- Eteignez ça tout de suite , c' est dangereux !
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- C' est bon , je vais vous faire de l' eau !
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Extinction des feux , le méta s' envole en flocons grisâtres . Pendant la soirée , le cerbère se laisse aller aux confidences :
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- Vous savez , moi , je n' aime pas les Romands , mais seulement les Allemands et les Suisses allemands .
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Pas vrai !
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On commençait tout juste à s' en douter .
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une crise aiguë Après être monté au Nadelhorn par le côté de Saas , il me parut indiqué d' en faire autant par celui de Ried .
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La lecture du Guide des Alpes valaisannes m' avait enthousiasmé :
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il s' agissait en quelque sorte de relever le gant après l' échec d' André Berney et de retrouver la trace de ce compagnon de la première heure trop tôt disparu .
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Le projet intéressa Jean-Luc Amstutz :
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pour une fois , ce ne serait pas de la « grimpe » , mais du bel et bon alpinisme .
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Il me tardait d' arriver .
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Sitôt arrivé , feuilleter le volume et retrouver les inscriptions d' André , déjà vieilles de sept ans , fut l' affaire d' un instant .
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Il devait m' être donné de remonter bien plus loin le cours de l' histoire , car aux pages remplies dans les années trente figuraient les signatures de guides prestigieux , Josef Knubel et Franz Lochmatter .
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Il allait être rapidement édifié sur l' étendue de mes compétences , car une bonne couche de neige fraîche avait recouvert tout le versant , faisant disparaître la rimaye , complètement nivelée , sur des centaines de mètres , voire à perte de vue .
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Soudain , tout est blanc autour de moi , comme si ma tête avait été plongée dans un sac de farine ou de duvet .
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Nous marchions à corde tendue .
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Si je suis descendu aussi bas , c' est que , pour une raison incompréhensible , j' entraîne Jean-Luc à ma suite .
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Mais non , elle me laisse complètement indifférent , comme un fait divers .
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j' ai le curieux sentiment d' assister à ma propre chute sans vraiment y participer , enregistrant au passage des impressions disparates et se succédant trop rapidement pour que je puisse les relier en un tout cohérent .
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Une sorte de dédoublement , une sensation insouciante de flotter dans l' air , aucun geste de défense .
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Ce serait pousser l' interprétation trop loin .
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Simplement , j' ai été frappé pendant une seconde d' une sorte de stupeur et maintenant , il est trop tard pour tenter quoi que ce soit .
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Le sac encaisse une partie du coup , une bretelle pratiquement arrachée en témoignera .
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Sans lui , tombant sur le dos , je ne me serais peut-être pas relevé .
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Tout est gris et flou .
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Enfin j' y vois clair , mais l' environnement est sinistre :
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bourrelets de glace glauque et bavante , pans de neige pourrie , rocher noirâtre en amont .
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Dehors , et vite !
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Il a dû m' échapper et , veine incroyable , il s' est fiché dans un trou un mètre et demi au-dessous de moi .
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- Du mou !
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Je l' avais oublié , les sons ne sortent pas d' une crevasse bouchée .
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Mais enfin , cet idiot là-haut ne pourrait-il pas venir voir ?
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La solution du désespoir :
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In extremis , j' attrape l' indispensable outil et reviens à une position plus orthodoxe .
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Le yoga , d' accord , mais sur la moquette !
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Sincèrement , j' aurais été désolé de perdre ce piolet , qui m' avait été confectionné sur mesure par Pierre Bovier , le dernier forgeron d' Evolène .
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Cassé une fois , le manche avait été remplacé à Chamonix par les bons soins du papa Moser , cofondateur d' une maison célèbre pour sa production de matériel d' alpi ( malheureusement disparue aujourd' hui ) , dans laquelle il était devenu le spécialiste ( le dernier lui aussi ) des manches de piolets en bois .
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Bien plus qu' un simple piolet , c' est une relique artisanale que j' ai sauvée ce jour-là .
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Lutte furieuse , arc-boutement d' un côté , opposition de l' autre ( également surplombante , la lèvre amont de la rimaye s' est rapprochée ) pour émerger à mi-corps , ébloui par le soleil , les coudes sur le bord du trou .
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Une douzaine de mètres en contrebas , campé dans une position d' assurage parfaite avec un large sourire aux lèvres , Jean-Luc m' envoie une de ses expressions imagées :
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Repris par la course , comme si rien ne s' était passé , je me retourne pour chercher un meilleur passage lorsque je me sens tout à coup écrasé par une immense fatigue , avec l' impression d' avoir les membres en plomb .
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Jean-Luc , qui a déjà compris , reprend un peu de corde pour le retour .
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C' est ma foi vrai , et comme j' ai reçu un bon « coup de bambou » en plus , il me faut admettre , même à contrecœur , que l' affaire est classée pour aujourd' hui .
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Une semaine plus tard , jour pour jour , la cabane Bordier était entièrement détruite par un incendie ( le gaz d' éclairage ?) .
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Il fallut changer le fusil d' épaule et prendre l' ennemi à revers , c' est traverser le Nadelhorn en partant de la cabane des Mischabel pour descendre ensuite ce que nous avions pensé monter d' abord .
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D' ailleurs , un vieux principe militaire ne com-mande-t-il pas de tenir les hauteurs pour garder l' avantage ?
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Sur un côté du hall , lavabos , douches et toilettes à l' eau courante , un luxe exceptionnel à cette altitude ( 3300 m ) :
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Malgré l' affluence , un véritable menu nous fut servi à souper et à un prix très acceptable pour l' altitude , avec toutes les boissons convoitées .
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Et maintenant , le Nadelgrat !
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Deux longueurs de corde dans un pan de glace assez raide , la première en traversée horizontale pour contourner quelques rochers , nous ramènent sur la bonne route , au pied d' un petit gendarme rocheux amusant à traverser .
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Mais qu' ai à dire de mon propre nom , sujet à pas mal de plaisanteries dans cette terre romande que j' ai pourtant toujours habitée , sinon que je tiens peut-être de mes lointains ancêtres patronymiques et caprins un sérieux penchant pour le terrain escarpé ?
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Le Höhberghorn était réputé entièrement neigeux , mais aujourd' hui , une étroite crête de rocher émerge tout juste des glaces sommi-tales , fournissant avec un bon nombre de sièges naturels le prétexte d' un pique-nique .
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Des choses plus sérieuses nous attendent . A tout hasard , nous remettons les crampons , manœuvre peut-être superflue car il nous faut les quitter peu après pour la descente d' un ressaut rocheux , qualifié de superbe escalier dans le Guide des Alpes valaisannes .
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C' est possible , mais l' escalier nous paraît plutôt « caillasseux » et le pas d' entrée retient notre attention quelques instants .
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La montée au Diirrenhorn me semble un peu fastidieuse , effet de la fatigue sans doute , car je commence à traîner .
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le programme ne sera pas écourté .
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C' est en traversant le sommet du Chli Dürrenhorn que nous trouvons le meilleur rocher de la journée , sur le fil même , dans quelques jolis passages de varappe , hélas ! bien courts et pas obligatoires .
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Deux des comparses en profitent pour prendre de l' avance , éviter le sommet par la gauche et disparaître derrière une crête .
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Stecknadelhorn , Höhberghorn , Dürrenhorn Cris inutiles :
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ils ne veulent pas remonter et ne peuvent plus regagner l' arête dont ils sont séparés par d' affreux couloirs déchiquetés .
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Il ne reste plus qu' à leur emboîter le pas .
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Aujourd' hui , les dieux sont avec nous :
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la découverte de l' issue ne sera qu' au prix de quelques pas de varappe et d' un véritable saut périlleux exécuté sans dommage par l' un de nous dans de la caillasse roulante .
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Réunion non pas au sommet , mais au fond d' une combe d' éboulis où le Galenjoch nous domine narquoisement de cent cinquante mètres , par une pente d' apparence hostile .
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D' après mes souvenirs du Guide des Alpes valaisannes , l' itinéraire manque d' évi même à la montée .
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journée a Üschenen
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Hanspeter Sigrist , Oberbalm
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Parmi les plus remarquées de ces voies , signalons Le Toit , Quo Vadis , Via del Ladro , Corda et Kolibri , toutes ouvertes depuis le bas .
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Mais lorsqu' on s' est mis à équiper des itinéraires ( généralement courts ) au moyen de rappels , le silence est soudain retombé sur le site .
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Certains s' irritaient de cette nouvelle pratique , d' autres pensaient simplement que les possibilités du secteur étaient pour l' essentiel épuisées .
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Ce n' est qu' en 1988 que l' ouverture de nouvelles voies a ramené l' attention sur les rochers d' Üschenen et le magnifique paysage environnant .
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Cela vaut également pour Bschütti-grt/rt/(1O ) et Fusion ( 10 — ) , voies extrêmes par leurs difficultés techniques , et objectifs de rêve pour de forts grimpeurs .
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Ces dernières posent toutefois des exigences d' un autre ordre , non seulement au grimpeur de tête , qui doit affronter le parcours avec détermination et la plus grande concentration , mais aussi au compagnon qui l' assure , dont le rôle peut être important dans la réussite rapide d' une entreprise de ce niveau .
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L' escalade de tels itinéraires , en particulier si , comme dans ce cas . elle est réussie sans longue préparation et dès la première tentative , procure des sensations très intenses , qui font date dans la vie d' un grimpeur .
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Les conditions météo jouent parfois également un rôle important , permettant ou au contraire interdisant à la force du grimpeur de s' exercer pleinement .
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Rien ne m' irrite plus , dans une voie difficile , par température un peu trop élevée , que le sentiment désagréable de glisser imperceptiblement mais irrémédiablement de chaque prise !
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Mon attention se porte alors involontairement sur ce problème , et j' en oublie l' escalade .
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Il peut aussi arriver qu' un environnement où « le prestige est en jeu » ( présence de certaines personnes par exemple ) , agisse de manière si motivante sur le grimpeur qu' il devient subitement capable d' évoluer avec une sûreté apparemment totale .
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Les occasions où l' on se sent à la hauteur des exigences , même si le but est placé très haut , en deviennent d' autant plus précieuses et intenses .
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Dans le grand toit de la voie « Fusion » ( 10 — ) Objectifs La voie Fusion combine une voie existante du 9e degré et une traversée qui s' en détache pour surmonter un toit proéminent .
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A un endroit raide et muni de petites prises acérées , puis un toit impressionnant , succède le passage décisif .
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Ce qui le précède , comme ce qui le suit , est relativement facile à maîtriser . Par contre , quitter la ligne primitive qui continuerait tout droit pose problème .
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Après avoir brièvement « apprivoisé » la ligne un peu bizarre et les mouvements originaux avant et après le passage-clé , c' est tout juste si nous avons encore le temps de faire chacun une tentative .
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Mais à l' endroit crucial , nous sommes déjà complètement vi dés , et nous ne nous risquons plus à décoller de la ligne droite .
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Une semaine plus tard , la période de beau temps touche à sa fin ;
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Nous profiterons ainsi de la journée ensoleillée , la dernière peut-être de l' automne , et Gabriele pourra se reposer de son long trajet de nuit depuis l' Allemagne .
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La neige descend déjà très bas sur les montagnes et , à l' exception d' un grimpeur solitaire occupé à l' équipement d' une nouvelle voie , nous sommes seuls .
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Je me mets dans l' ambiance par un 7e degré d' échauffement , puis quelques mouvements-tests dans les passages difficiles de la voie , en portant une attention particulière sur le mouvement-clé .
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La libérer pour le difficile mouvement suivant me prend trop de temps .
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Ses indications me sont d' un grand secours en ce moment , et cela va tout de suite nettement mieux .
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Pause .
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Nous nous promenons un peu dans les environs et examinons la nouvelle petite école d' escalade .
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Et aussi Bschüttigütti .
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Je me sens bien .
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Une fois de plus , j' ai de la peine à sentir et contrôler exactement le mouvement à l' instant crucial .
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Je sens seulement que quelque chose ne joue pas encore tout à fait .
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Gabriele m' accorde encore une chance , la dernière .
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Au moment de m' élancer , je me demande une seconde si elle s' impatiente , ou si elle cache d' autres arrière-pensées .
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Je suis sûr qu' elle me laisserait essayer encore une fois , mais je sais bien que la concentration et les forces me feraient défaut , que la peau de mon doigt ne résisterait pas , et que tous les palabres autour d' une cinquième tentative ne m' empêcheraient pas d' échouer .
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Le toit n' est guère l' endroit propice à de telles réflexions ;
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Puis le croisé sur la prise minuscule , la pression nécessaire sur les pieds , la prise intermédiaire et - avec un peu de chance je saisis la rainure du bout des doigts .
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jëte nord du Selbsanft
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Albert Schmidt , Engi ( GL )
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La voie est sèche . Une fois de plus , nous sommes tentés par les puissantes falaises nord de la montagne .
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Mes camarades Johann Stoffel , Harry Zweifel et moi-même , nous avons réservé pour cette escalade le weekend des 28-29 septembre 1985 .
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Vue depuis le Vorder Selbsanft ( ou Hauserhorn ) sur le Tödi mites a vécu durant de longues années . Abandonné par ses propriétaires , leur jardinet est maintenant envahi par les mauvaises herbes .
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Près d' une prise d' eau du barrage , dans la paroi à droite , nous prenons le « Birchengang » , une raide vire rocheuse qui s' élève jusqu' à l' épaule inférieure du versant nord .
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Très vite se creuse en dessous de nous un abîme vertigineux .
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Nous ne sommes pas encore encordés et chaque pas exige une grande concentration .
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A partir de cette épaule exposée , le « Birchli » , on monte tout droit à travers des vernes , puis on escalade un ressaut rocheux .
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Même si nous avons vécu d' autres nuits de pleine lune en montagne , nous res 42__________________________________________ sentons tout particulièrement ce soir , dans notre bivouac solitaire du Selbsanft , la magie et la beauté de cette atmosphère .
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Nous allu- il mons une bougie qui projette sa lumière || chaude sur le plafond rocheux au-dessus de nos têtes , puis je me glisse en rampant dans la fente la plus étroite , au fond de la grotte , pour photographier de là ce décor exceptionnel .
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Peut-être bien que nous reviendrons ici , mais il ne nous sera certainement pas donnée de revivre une telle nuit .
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Peu à peu , la lune approche du Selbsanft , puis disparaît derrière lui .
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Notre grotte s' obs complètement , et nous nous glissons dans les sacs de couchage .
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Le silence de la nuit , souligné par le murmure de l' eau du lac de Limmeren , nous berce et nous endort .
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Les névés du groupe des Clariden et les glaciers du Tödi scintillent au soleil , tandis que dans la vallée , déjà bien lointaine , les ombres s' attardent encore .
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Ce bastion vertical est interrompu sur son flanc est par un dièdre-cheminée .
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En rusés goupils que nous sommes , nous savons comment attaquer un tel passage :
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A côté de la masse du Mittler Selbsanft , le Tödi trône au sud dans toute sa puissance , au-dessus des prairies et des rochers de la Bifertenalpli et de la Röti .
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A l' est du massif du Selbsanft , on voit tout en bas le lac de Limmeren , gris-vert clair , bordé par les bancs de rochers crevassés et les gradins étages du Kistenpass .
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En face , dans la cuvette d' éboulis grise entre Nüschenstock et Ruchi , on aperçoit l' œil bleu du Muttsee , et à sa droite la cabane du même nom .
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Si nous nous tournons vers la vallée , c' est la vue vertigineuse sur le Tierfed , près de 2000 m plus bas , sur les abîmes de la Sandalp , des gorges du Limmerenbach et de la Linth .
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Mais notre regard se tourne maintenant vers ce qui est tout près de nous , le petit livre de sommet , que nous sortons de sa boîte abîmée par la foudre .
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Ce moment de pause passe trop vite , déjà un coup d' œil à la montre nous indique qu' il est temps de nous remettre en route .
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Sur les hauteurs du massif Nous dévarappons le gendarme sommital et poursuivons l' ascension de l' arête en direction du Mittler Selbsanft , que nous escaladons par un couloir neigeux , après avoir traversé une pente d' éboulis .
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Sur le plateau sommital s' ouvre alors un vaste horizon , sous un ciel immense .
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S' être élevé d' un repli caché dans les soubassements de la montagne , avoir grimpé 1700 m , s' être dépensé durant des heures dans un terrain difficile , pour déboucher ensuite ici , à près de 3000 mètres sur cette haute montagne éblouissante , inondée de soleil :
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Par les crêtes arrondies de Plattas Alvas , nous nous dirigeons vers le sud , vers l' éclat des glaciers .
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Sur ces hauteurs , sur le dos voûté de la puissante montagne , nous éprouvons presque physiquement la solitude et la sauvagerie de cette région .
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Une longue descente Après la pause de midi dans un creux neigeux exposé au soleil , nous descendons d' abord par le Griessfirn , puis , par des dalles claires fissurées , des moraines et des éboulis , jusqu' au bout du glacier de Limmeren .
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La distance qui nous reste exigera donc encore un effort de deux heures .
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Espérons que nous attraperons la dernière benne , à 4 heures et demie !
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' ouvenirs du Piz Buin et du Piz Platta
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Romedi Reinalter , S-chanf
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Le Piz Platta , dans ( ' Oberhalbstein ( Alpes rhétiques )
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Les courses à ski organisées par la section Bernina du CAS au Piz Buin et au Piz Platta , dans les Alpes rhétiques , appartiennent à un passé déjà ancien .
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repris par les soucis quotidiens , j' avais été accaparé par d' autres priorités , et c' est ainsi que bien des travaux d' une urgence apparemment secondaire ont été reportés à plus tard .
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Mais partie remise n' est pas perdue , car cette promesse continuait à se rappeler à moi comme un léger reproche .
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Je viens de pique-niquer au pied de la Crasta Mora , sur une pente exposée au sud .
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Mes yeux le suivent jusqu' à ce qu' il disparaisse au loin , puis mes pensées s' envolent vers les courses de la section Bernina au Piz Buin et au Piz Platta .
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Lorsque j' essaie de me souvenir de ce qui s' est passé alors , je dois reconnaître que bien des anecdotes et des petits faits amusants survenus dans notre groupe ne me sont plus entièrement présents à l' esprit .
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par exemple , la souffrance provoquée par une ampoule au pied , ou un pas de danse en gros souliers dans la petite salle boisée d' un mayen perdu dans la nature , ou bien les nuages qui naissent dans un tourbillon au pied du Piz Platta , ou encore les appels des perdrix des neiges qu' on entendait à l' aube en quittant la Buinhütte .
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Cela n' aurait guère de sens pour moi de relater par écrit toute la course , et il serait peut-être aussi trop difficile de rassembler des bribes de souvenirs .
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Je ne cesse de me demander , et je pense qu' il en va de même pour chacun , ce qui nous pousse à nous lever avant le jour , à claquer des dents sur le parking de la poste à St. Moritz-Bad en attendant les camarades , puis à entamer une montée longue et pénible , pour enfin affronter des passages difficiles à la descente .
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Toutefois , la montagne ne saurait à elle seule guérir tous les maux ni servir de compensation à une existence insatisfaisante .
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Chacun d' entre nous dispose d' un territoire qui lui est plus ou moins familier .
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Car pour que cette vie reste digne d' être vécue et conserve une certaine tension , pour Ambiance matinale au fond du Val Tuoi que le goût du risque ne se perde pas , chacun a besoin de rechercher et de vivre des expériences lointaines , nouvelles .
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Quand je parcours la montagne seul , les sens en éveil , je sens quelquefois passer un courant subtil entre la nature et moi .
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fois le Rheinwaldhorn
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Peter Donatsch , Mastrils
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Des rayons de soleil se glissent par les interstices des stores et tracent des lignes de lumière étincelante sur le sol .
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Le vert pâle de l' écran s' efface peu à peu , les lettres dansent devant mes yeux - en pensée , j' ai déjà déconnecté l' ordinateur .
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George passe me prendre .
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Je le vois traversant discrètement les salles , se consacrant à ses hôtes avec une politesse exquise , s' entretenant avec eux dans les cinq langues qu' il maîtrise couramment , acceptant d' un sourire un compliment ou s' empressant de remédier à une erreur .
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Jusqu' à Ilanz , nous parlons des affaires et du travail , mais ensuite , pendant le trajet dans l' étroite vallée du Valserrhein , le monde de la montagne s' empare définitivement de nous .
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Deux heures plus tard , à une éternité déjà du quotidien , nous laissons derrière nous le miroir azuré du lac de Zervreila et entrons dans l' univers minéral du Läntatal .
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Des nuages enveloppent le Rheinwaldhorn et roulent lourdement sur le glacier .
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Nous sommes trempés .
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Aujourd' hui , le Rheinwaldhorn ne semble pas vouloir de nous .
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Nous avons perdu de vue le sentier depuis longtemps .
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Hélas , bien au contraire , des affluents viennent grossir les flots .
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Une seule solution :
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Nous « surfons » littéralement sur le petit chemin , nous hâtant à la rencontre du soleil qui , suprême ironie , a brillé toute la matinée au bas de la Lampertschalp .
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Deuxième acte L' image de la petite pointe , le sommet du Rheinwaldhorn , s' est profondément ancrée dans ma mémoire .
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Mais au fond , c' est à moi-même que j' en veux , de m' être laissé entraîner à partir ce soir encore pour la Läntahütte , après toute une journée dans une pièce enfumée , je ne sais quelle réunion , des verres de vin blanc . Je me rabâche :
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cette ombre là devant , n' est pas la cabane ?
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Pius a au moins un quart d' heure d' avance .
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Seule sa trace m' indique le chemin , parfois à peine marquée , mais le plus souvent profonde .
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Cette pensée me revigore pour les prochains cent mètres .
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Toujours pas trace de cabane .
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Je pense au parapente dans mon sac .
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Une force loyale , qui ne vous berce pas d' illusions .
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C' est ainsi que le cauchemar du soir est oublié le lendemain matin , lorsque nous nous élevons vers le glacier de Länta : toujours des champs de neige croûtée , mais désormais , le regard fixé sur la petite pointe .
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Markus , le plus lourd de notre petit groupe , nous ouvre la trace .
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Là où la neige résiste sous lui , elle nous portera aussi .
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Sur le glacier , nous nous relayons en tête .
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L' arête terminale est en neige glacée .
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Je repense à notre précédente tentative et jouis doublement de chaque instant .
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Comme sorti de la main d' un maître , régulier , épure contenue en quelques lignes , le sommet se dresse devant nous , porte ouvrant sur une autre dimension , aimant invisible , but .
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De la vallée , le Rheinwaldhorn semble inaccessible , suspendu dans le bleu infini du ciel .
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Mais pour nous , il n' est qu' une étape vers le but que nous poursuivons durant toute notre vie .
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Wv
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chemin des souvenirs
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Willy Auf der Maur , Seewen ( sz )
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Lorsqu' elle n' est pas au rendezvous , les visages se figent , les conversations deviennent bavardage , les cordes se coincent dans les branches ( car l' un passe à gauche du pin et l' autre à droite ) .
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L' harmonie n' a pas besoin de beaucoup de mots , elle est discrète , silencieuse ... aussi silencieuse que nos pas aimeraient l' être aujourd' hui dans cette forêt de montagne et dans les premiers gradins rocheux au-dessus des arbres .
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La première dalle Le silence pourrait aussi être une sorte d' égoïsme , et comme je ne veux pas donner à mes deux compagnons - qui n' ont pas l' habi de partir en course avec des alpinistes plus expérimentés - l' impression de me mettre en avant , ni passer pour un original , je me sens obligé de briser le silence de mort qui règne ici , à l' attaque de la Wyss Wändli , la plus facile des voies ouest du Grand Mythen .
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Des images surgissent devant mes yeux :
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celles de visages crispés , de silhouettes qui progressent à genoux sur la surface claire et polie de la dalle , les deux grands gaillards suspendus à ma corde comme les grains d' un chapelet après que l' un ait glissé et entraîné l' autre dans sa chute .
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« Mais je vais vous dire comment la franchir sans problème » , ajouté-je avec un sourire compatissant .
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Les traits de Susi et de Ruedi se détendent .
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A l' arrière , les Alpes uranaises . ( Photo aérienne ) Et je me lance tout de suite dans la démonstration , en ce jour de brouillard , comme je l' ai vu faire il y a bien des années .
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Si la rose d' or , comme nous appelons cette fleur chez nous , avait balancé sa merveilleuse corolle dans le vent , j' aurais crié de joie , comme tout à l' heure durant notre montée vers le Mythen , lorsque nous avons passé à côté d' un bloc de rocher gris-vert aussi haut que deux hommes .
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Cette vision était trop belle pour que je ne la partage pas avec mes camarades de cordée d' aujourd .
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Sur la rampe Entre-temps , mes compagnons sont bien arrivés jusqu' à moi et je peux attaquer la deuxième longueur .
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C' est une rampe raide , plutôt pauvre en prises .
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Quant à moi , je dois avouer pour ma honte que j' ai souvent ressenti une légère inquiétude le long de ces cinq ou six mètres .
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J' arrive au relais de la vire Genecand .
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Notre salut se trouve plus loin , derrière une côte abrupte pleine d' herbe , dans un système de petits couloirs et de vires .
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La vire Genecand Ne demandez pas autour de vous où elle peut bien se trouver .
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En effet , baptiser des endroits à l' insu de tous est ma passion secrète .
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J' ai nommé cette vire ainsi parce que c' est ici que nous changions de chaussures durant mes années d' apprentissage alpin .
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Le clou tricouni leur a ouvert de nouveaux horizons , a renforcé leur confiance en eux-mêmes et leur a donné bien des joies .
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Le cliquetis des clous sur le pavé poli était pour nous la plus belle des musiques , même si quelque passant se rendant à la messe se retournait , si les chats disparaissaient vite au coin des maisons et si des rideaux bougeaient aux fenêtres ( qui sait de quel tissu les rêves des jeunes filles ou de leurs mères étaient faits en ce temps-là !) .
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dans la neige duré , dans les éboulis , dans le granite rugueux ... partout ils mordaient joyeusement .
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Là , ils s' en donnaient vraiment à cœur joie , et c' est pourquoi l' époque des tricounis a aussi été celle des grandes voies herbeuses .
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« Pourquoi j' ai l' air si gai ?
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» Susi et Ruedi attendent mes explications .
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Sous le charme du Wyss Wändli Nous continuons à grimper en nous élevant en diagonale le long de la paroi .
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« Tu as bien maigri , ton tronc aux taches claires est tout grêlé maintenant , tes racines fixées dans les fissures de la paroi sont sèches et rabougries , ta couronne de feuilles bien clairsemée .
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» Du haut d' un relais , dans une niche agréable en pleine paroi , notre regard embrasse le paysage à nos pieds , d' abord une mer de sapins aux cimes pointues , puis des pâturages verts et une partie de la vallée de Schwyz , d' où des bruits familiers montent jusque vers nous .
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Dans le numéro spécial des ALPES publié lors du 100e anniversaire du CAS ( 2/1963 ) , on peut lire que Genecand a gravi plus de vingt fois le Grépon - la pierre de touche des grimpeurs d' élite à l' épo - et qu' il a ainsi fait découvrir les peines et les joies de la varappe à d' innombrables débutants .
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Il est bien sympathique , ce Genecand , autant que Wisel , que je vois une fois de plus attacher un débutant à sa corde et qui mériterait , lui , d' être appelle le « concierge du Wyss Wändli » .
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Des concierges , il y en a d' ailleurs beaucoup dans les montagnes .
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« Vous voyez là-haut , à gauche de la gorge , les anneaux qui pendent dans la paroi ?
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« Tu n' as qu' à ...
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L' obstacle était purement psychologique chez moi , et c' est pourquoi je ne referai plus jamais cette voie .
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Susi rit , Ruedi et moi aussi , tout notre petit monde rit à l' unisson :
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La traversée Nous sommes arrivés à la vire qui nous permettra , à son extrémité sud , de rejoindre la Mythenmatt .
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« Regardez donc en bas » leur aurais-je conseillé , comme je l' avais fait pour Seffi il y a bien des années .
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Seffi l' obs , qui avait voulu faire cette voie parce qu' il avait entendu dire que des représentantes du beau sexe avaient déjà escaladé le Wyss Wändli !
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« Ce que des femmes peuvent faire , je le ferai aussi !
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C' était un ami de la nature ... mais pas un ami des vues plongeantes , car il avait refusé fermement de suivre mon invitation .
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Et c' est vrai qu' il ne lui est rien arrivé ce jour-là , à Seffi !
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C' est ici et maintenant , près de ce pin couché sous lequel je me suis glissé , au milieu de cette paroi avec ses petites listes horizontales bien propres , qu' on devrait me demander pourquoi je grimpe .
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Personne , même pas nos maîtres en alpinisme , n' aurait pu nous enseigner à l' époque l' escalade technique .
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Elle l' engageait à passer alternativement un brin de la corde puis l' autre dans la série de pitons , et comme on ne voyait sur les dessins assez sommaires ni sangle pour mettre le pied , ni échelle , le devoir du second devait être apparemment de hisser son camarade et de maintenir la corde tendue jusqu' à ce que le prochain piton soit planté .
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Köbel a vu plus tard qu' il s' était trompé , mais autant que je sache , il est malgré tout resté fidèle aux tricounis toute sa vie .
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N' est pas une bonne raison d' honorer sa mémoire encore davantage ?
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Les alpinistes y mettent naturellement des peintures de montagne , et comme l' entrée à ce musée n' est liée à aucune formalité , ils peuvent contempler ces tableaux exaltants chaque fois qu' ils en ont l' envie .
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Un lieu particulièrement propice à l' élaboration de tels tableaux , c' est le Rot Grätli , au sommet du Grand Mythen .
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Les images ont ici trois dimensions , s' élèvent dans un ciel où flotte le drapeau suisse , s' étendent au loin jusqu' au bassin du lac de Zurich , à l' Alpstein , aux Alpes d' Uri et d' Unterwald , plongent jusqu' aux fo rets sombres et aux prairies fleuries de l' Alptal et à la vallée de Schwyz , avec ses taches de couleur et ses lacs .
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A nous aussi , comme il fallait s' y attendre , on nous tend un verre étin-celant .
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Ce sont tous les concierges auxquels j' ai repensé au cours de l' escalade .
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Ils lèvent leur verre tous ensemble , me font un clin d' œil et me sourient amicalement .
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Je l' ai toujours dit :
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( Traduction d' Annelise Rigo ) Pourquoi faudrait-il toujours un ciel bleu de calendrier?Départ du collet d' attaque de la voie « Wyss Wändli » , au Gr .
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Mythen
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